Industrie forestière - Ne gaspillons pas cette crise

Le premier ministre Harper rencontre ses homologues provinciaux cette semaine pour discuter d'économie. La façon d'aider l'industrie forestière en difficulté sera sans aucun doute l'un des sujets à l'ordre du jour. La situation actuelle est désastreuse en raison de fortes baisses de la demande dans les secteurs du bois d'oeuvre et du papier, ce qui entraîne des mises à pied et des fermetures d'usines. Certains ont laissé entendre qu'il était nécessaire de recourir à de l'aide financière et à des subventions. Nous ne sommes pas d'accord; les trente dernières années d'histoire économique ont montré maintes fois que ce type de mesures ne fonctionne tout simplement pas et empire même souvent la situation.

L'industrie canadienne des produits forestiers a un bel avenir: le monde a besoin des produits que nous fabriquons, et nous sommes bien placés pour les fournir. Les premiers ministres ont l'occasion de considérer cet avenir et de se concentrer sur la transformation nécessaire pour y arriver. L'industrie est prête à prendre l'initiative de cette transformation, mais les gouvernements ont aussi un rôle important à y jouer, en mettant l'accent sur les facteurs économiques fondamentaux: des marchés financiers efficaces, encourager les investissements et instaurer des mesures sur la compétitivité qui prévoient la croissance des marchés de demain.

Les gouvernements doivent d'abord s'attaquer à la crise des marchés financiers. Le crédit est l'oxygène qui permet à l'économie de respirer. Il permet aux entreprises d'acheter du matériel, de produire des biens, d'investir dans le capital et d'expédier des marchandises à l'étranger — le crédit est nécessaire dans à peu près tous les aspects de l'exploitation d'une entreprise, grande ou petite. À mesure que l'activité économique ralentit et que les stocks augmentent, plusieurs entreprises normalement solides trouvent extrêmement difficile d'accéder au crédit dont elles ont besoin pour continuer à faire des affaires. Les gouvernements doivent s'assurer que les efforts qu'ils déploient pour régler la crise des liquidités dans le système bancaire rejoignent l'économie réelle.

Deuxièmement, les gouvernements devraient laisser libre cours à la restructuration économique qui est nécessaire dans le secteur. Une aide financière rendrait simplement le Canada moins concurrentiel lors du raffermissement des marchés. Laissons la réponse de l'industrie concernant la réalité des marchés déterminer la structure de l'industrie et nous conserverons plus d'emplois en foresterie au Canada, à moyen et à long termes. Les gouvernements provinciaux doivent par ailleurs éliminer les politiques de tenures forestières qui restreignent les fusions et la rationalisation, et le gouvernement fédéral devrait gérer la politique sur les fusions de façon à reconnaître que les entreprises canadiennes négocient sur des marchés internationaux.

Troisièmement, les gouvernements devraient stimuler l'activité économique pour atténuer l'impact de la récession américaine et du ralentissement de la croissance au Canada. Les mesures prises par les gouvernements partout au pays pour éliminer les déficits et rembourser la dette les ont placés dans une position fiscale forte, qui leur permet maintenant, en période de faiblesse économique, de prendre des mesures contrepoids. Si nécessaire, les gouvernements ne devraient pas avoir peur d'enregistrer un déficit pour stimuler l'économie.

Mais stimuler l'économie ne devrait pas être un objectif en soi. Des investissements ciblés dans la modernisation en vue de l'utilisation d'une énergie verte, dans les infrastructures de transport, dans la commercialisation de la R&D et le développement des marchés fourniront un incitatif immédiat et des avantages à long terme au chapitre de la compétitivité.

Les investissements gouvernementaux ne sont cependant pas suffisants. Dans le cadre de cette stratégie, les gouvernements peuvent encourager les investissements privés dans le renouvellement des installations et dans les activités de R&D axées sur des produits commerciaux. C'est ainsi que le gouvernement fédéral devrait prolonger d'au moins cinq ans la déduction pour amortissement accéléré pour la machinerie et l'équipement. Cette mesure ne coûte rien au gouvernement tant que les entreprises n'investissent pas leur propre argent et elle stimulerait les investissements qui sont si nécessaires pour moderniser et transformer l'industrie. Le gouvernement devrait également rendre le crédit d'impôt pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RS&DE) remboursable afin de favoriser l'accroissement des investissements du secteur privé dans l'innovation et la nouvelle bioéconomie.

Ce n'est pas le temps pour l'insouciance ni pour des mesures qui ne corrigeront la situation qu'à court terme. L'industrie canadienne des produits forestiers est le plus grand exportateur mondial de produits forestiers. L'énergie et l'esprit d'initiative qui l'ont façonné se manifesteront dans notre préparation pour les marchés de demain. L'industrie fera sa part. Nous demandons aux gouvernements d'appuyer la transformation vers l'industrie forestière de demain. Pour paraphraser l'économiste canadien Don Roberts, «Une crise est trop précieuse pour être gaspillée».