Les citoyens VIP

Le Sommet de Montréal se tiendra les 4, 5 et 6 juin prochains. Ce sommet est structuré selon une méthodologie sophistiquée décidée en haut lieu. Pour appuyer ce sommet, des minisommets ont eu lieu dans les divers arrondissements. Que penser de celui qui s'est déroulé dans l'arrondissement d'Outremont?

Ce sommet d'arrondissement s'est tenu en deux étapes. Un premier forum a réuni des citoyens privilégiés le 7 avril. Ces citoyens VIP, triés sur le volet, ont eu droit à un traitement de faveur: invitation spéciale personnalisée, présence des fonctionnaires municipaux et des dignitaires politiques (député et ministre), forum exclusif d'échanges à huis clos d'où ont été exclus les citoyens ordinaires. Charge à ces citoyens de faire la demande d'un laissez-passer à la Grande Ville et de dépendre du bon vouloir de quelqu'un! De qui? Laissez-passer royal, peut-être? Et, bien sûr, le repas du midi a été offert aux citoyens VIP, le cocktail de fin de rencontre aussi, le tout aux frais des contribuables d'Outremont.


Un deuxième forum a eu lieu le 30 avril pour les citoyens de seconde classe. Les élus leur ont octroyé le droit de défiler à la queue leu leu, en séance spéciale du conseil d'arrondissement. Aucun fonctionnaire n'était présent pour répondre aux questions. Les élus leur ont demandé de rétroagir, cette fois-ci publiquement, sur le compte rendu du premier forum. Sans rire, le président d'arrondissement leur a même dit que c'était un privilège de réagir sur un rapport consensuel déjà rédigé! Privilège que de s'exprimer sur des éléments qui les concernent directement mais qui ont été concoctés ailleurs à huis clos par ceux à qui les élus ont accordé la priorité de penser et de dire la ville avant eux? Condescendance des élus, peut-être! Bien sûr, à ces citoyens-là, aucun repas n'a été offert. Aucun cocktail non plus.


Il est anormal, dans un régime démocratique où le dialogue et les délibérations sont les clefs de voûte de l'organisation de la cité, que l'on retrouve les citoyens groupés de façon hiérarchique et inéquitable dans deux forums parallèles où les idées et les arguments ne se croisent pas, où les citoyens ordinaires sont marginalisés. Faut-il comprendre que dans la nouvelle ville de Montréal, on ne mélange pas les torchons avec les serviettes?


Quand une méthodologie de consultation des citoyens met en place une inégalité flagrante, une citoyenneté à deux vitesses, un déni de démocratie, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans le système politique. Quand on sait aussi que cette méthodologie antidémocratique structurera aussi la formation des futures commissions consultatives permanentes dans chacun des arrondissements de la nouvelle ville de Montréal, il y a de quoi être véritablement inquiet.