La stratégie canadienne antidrogue - Où s'en va le gouvernement Harper?

Si le Parti conservateur n'a pas encore dévoilé l'ensemble de ce que sera sa stratégie de lutte antidrogue au cours des prochaines années, plusieurs indices laissent présager l'accroissement des mesures destinées à réprimer non seulement le trafic, mais aussi l'usage des drogues illicites.

En clamant haut et fort que la place des «drogués et des revendeurs de drogues est en désintox ou en prison», certaines publicités financées par le Parti conservateur et parues dans la région de Québec au cours de la présente campagne électorale tendent d'ailleurs à le confirmer. Ce discours de droite ne laisse en fait planer aucun doute: le courant favorable à une approche plus libérale à l'égard de la consommation de drogues est bel et bien renversé.

Oubliez la décriminalisation de la possession de cannabis, la mode Harper verse plutôt dans l'instauration de mesures plus répressives dont l'efficacité n'a jamais été démontrée à ce jour. D'ailleurs, même si M. Harper affirme ne pas vouloir s'en prendre aux usagers eux-mêmes, l'augmentation des arrestations pour possession de cannabis témoigne du contraire.

Or, les conséquences dramatiques d'une telle arrestation sur la vie d'un jeune nous apparaissent fort inquiétantes, d'autant plus que, dans la majorité des cas, la consommation de cannabis des jeunes n'est pas problématique. Les résultats de l'enquête réalisée par l'Institut de la statistique du Québec (2007) sur la consommation de drogues illicites chez les jeunes du secondaire révèlent effectivement une réduction générale de l'usage de drogues illicites au cours des 12 derniers mois. Alors que 40,6 % des jeunes interrogés affirmaient avoir consommé du cannabis en 2000, cette proportion passait à 29,4 % en 2006. Il en est de même pour la consommation d'hallucinogènes qui a été réduite de près de la moitié (2000: 15,6 %; 2006: 8,8 %).

Aussi, les dernières données disponibles, notamment auprès de la population adolescente, nous forcent à juger injustifié le durcissement des politiques en matières de drogues illicites, notamment parce qu'elles ne reflètent pas les tendances du terrain. Et sans tomber dans l'étalage de faits, mentionnons qu'une étude des coûts reliés à la consommation de tabac, d'alcool et de drogues illicites, révèle que le tabac est bon premier en ce qui a trait aux coûts engendrés à la population canadienne, devant l'alcool et, en tout dernier, les drogues illicites.

La nouvelle stratégie antidrogue annoncée au début de 2008 comportait pourtant certains points positifs. Nous nous réjouissons par exemple du fait que 10 millions de dollars puissent être consacrés à la prévention et 32,2 millions au traitement, ce qui représente les deux tiers des 63,8 millions annoncés. Si les messages de prévention que souhaite lancer le gouvernement Harper sont orientés vers les dangers que présente l'usage de drogues illicites, ils risquent toutefois d'être très peu efficaces.

Quant aux sommes consacrées au traitement, il faudra attendre de savoir quelles sont les conditions de leur utilisation: seront-elles orientées et réservées à des formes d'intervention qui s'inscrivent dans le créneau de l'idéologie conservatrice? Conséquemment, l'approche scientifique de la réduction des méfaits sera-t-elle abandonnée et remettra-t-on en cause le financement des sites d'injection supervisée et d'échange de seringue?

Le discours entendu en cours de campagne électorale le laisse entendre. Espérons que ce ne sera pas le cas. La consommation de drogues illicites est, depuis plusieurs décennies maintenant, considérée pour ce qu'elle est, c'est-à-dire un problème de santé publique. Pour l'avenir des générations futures, cette vision doit demeurer.