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Libre Opinion - Un moratoire s'impose en santé

Garou veut ouvrir une clinique privée de santé face au futur CHUM. L'entreprise Sedna veut en ouvrir une autre pour accueillir les services d'ophtalmologie du futur CHUM. La Clinique Millenia Santé aura bientôt pignon sur rue à Québec.

Quant à David Levine, le p.-d.g. de l'Agence de santé de Montréal, il veut que tous les avortements soient faits au privé, et il ajoute que des cliniques privées, «il va y en avoir beaucoup à Montréal». Sans oublier, bien sûr, l'ex-ministre de la Santé Philippe Couillard, qui s'efforcera de développer des cliniques privées pour son nouvel employeur, Persistence Capital Partners. Il aura d'autant plus de facilité que chaque nouvelle clinique privée sera créée en vertu d'un règlement qu'il a lui-même fait adopter, juste avant de quitter la vie politique.

Ce règlement énumère la cinquantaine de chirurgies que les cliniques privées pourront réaliser à l'avenir. Pas besoin de chercher bien loin, le modèle est déjà sous nos yeux: c'est celui de la clinique Rockland MD, qui effectue présentement des chirurgies d'un jour pour le compte de l'hôpital Sacré-Coeur. Entente que le Parti québécois a dénoncée, parce que l'hôpital a des salles d'opération inutilisées et que rien ne démontre que le coût par chirurgie sera meilleur marché à Rockland MD que dans le système public.

À l'évidence, ce n'est pas un hasard si tous ces développements surviennent en même temps. Nous avons affaire ici à une stratégie pour mettre en place un système de santé privé parallèle. Or, le gouvernement Charest n'a aucun mandat en ce sens. Aucune légitimité pour ce faire. S'il veut confier au privé des pans entiers de notre système public de santé, il doit d'abord obtenir l'assentiment de la population québécoise, au terme d'un large débat public.

Le privé est déjà très présent dans le système de santé québécois. En avril 2008, il était écrit dans le magazine L'actualité, en préambule d'un dossier sur la santé: «Le paradis canadien des soins de santé privés est... au Québec!» On n'a qu'à penser aux soins dentaires, aux soins de la vue, à la physiothérapie, à l'ostéopathie, à la chiropratique, à la psychanalyse, et j'en passe. Sans parler de toutes ces cliniques de radiologie et d'imagerie qui ont pignon sur rue, de tous ces laboratoires privés qui analysent nos prélèvements. Le rapport Castonguay confirme d'ailleurs que près de 30 % des dépenses de santé au Québec sont déjà de nature privée, payés directement par le citoyen ou par l'entremise de son assurance.

Au Parti québécois, nous croyons que 30 %, c'est suffisant! Et qu'il faut maintenant s'atteler à la tâche de renforcer notre système public de santé. Il n'est pas parfait, loin s'en faut. L'attente y est trop longue et l'accès aux médecins, trop difficile. Mais qui peut croire qu'il y aura moins d'attente s'il y a moins de médecins et d'infirmières pour nous soigner, occupés qu'ils seront à travailler au privé? Qui peut croire que nos coûts de santé iront en diminuant s'il faut financer la mise sur pied d'un réseau parallèle de cliniques privées?

Par ailleurs, qui paiera le profit qu'elles voudront se dégager, vous pensez? Nous. Que ce soit par la voie de l'impôt, de nos primes d'assurances ou d'une contribution individuelle. Mais, d'une façon ou d'une autre, c'est nous qui paierons.

On me répliquera que je me fais l'apôtre du statu quo et que le PQ est dogmatiquement anti-privé. C'est faux. Nous reconnaissons qu'il y a des cas où le recours au privé est nécessaire. Par exemple, lorsque l'attente pour une chirurgie dépasse les délais médicalement acceptables. Dans ces circonstances, la santé du patient commande que nous prenions tous les moyens pour réduire la souffrance et protéger la vie.

Mais ces cas exceptionnels ne justifient aucunement la mise sur pied d'un réseau parallèle de cliniques privées. Le réseau public peut tout à fait améliorer ses résultats. Mais encore faut-il y croire. Les exemples abondent: une meilleure gestion des blocs opératoires permettrait d'augmenter la productivité de 10 %! C'est l'équivalent de 50 000 opérations de plus chaque année. Ça voudrait dire qu'il n'y aurait plus de patients qui attendraient plus de six mois pour être opérés. C'est l'actuel sous-ministre à la Santé, le

Dr Michel Bureau, qui le dit, pas nous (Voir «Tournée des blocs opératoires: plus vite sous le bistouri», Le Soleil, 26 août 2008). [...]

Il faut se retrousser les manches et tout mettre en oeuvre pour consolider le réseau public de santé. En conséquence, nous demandons au gouvernement Charest: d'abroger dès maintenant les dispositions réglementaires de la loi 33 qui favorisent le développement des cliniques privées; de baliser clairement le développement du secteur privé en santé; de mettre en oeuvre un plan pour améliorer l'accès aux services de santé publics.

Ces mesures sont urgentes. C'est la protection de notre système public de santé, gratuit et universel, qui est en cause ici. Si nous n'agissons pas maintenant, nous risquons d'assister à l'émergence d'un système de santé à deux vitesses: l'un pour les plus fortunés et l'autre pour la grande majorité de la population.