La rivière de la honte

Hydro-Québec fête déjà la signature d'une entente entre les Montagnais (Innus) de Natasqhuan et le Québec concernant le «harnachement» (le hachement) de la rivière Romaine en Minganie avec annonce officielle presque simultanée du début des travaux pour l'an prochain!

Or, Hydro-Québec ne peut aller de l'avant avec un tel projet sans l'accord des Montagnais et en principe aussi sans l'accord de la société québécoise en général. Mais déjà: «affirme péremptoirement Hydro-Québec, qui semble connaître d'avance le résultat de la consultation publique dans ce dossier» à propos des audiences du BAPE prévues pour septembre prochain: Le Devoir du 5 juillet 2008, «Entente entre les Innus et Hydro-Québec», p. 4. Le lendemain, 6 juillet, un autre quotidien québécois parle d'un projet à la Romaine: « (...) dont la construction débutera l'an prochain»! Le projet de «déconstruction» de la nature de la rivière Romaine ne peut se faire sans l'accord juridique des communautés montagnaises de la Minganie et Basse-Côte-Nord (et en principe aussi non plus donc sans l'accord politique de la population actuelle «acadienne» de la Minganie). Québec devrait savoir cela.

Il semble un peu tôt que Hydro-Québec crie victoire politique avec presque affirmation officielle du début des travaux de saccage de la Minganie en 2009. Trois autres communautés montagnaises n'ont pas encore signé une telle entente avec Québec (dont non la moindre celle de Mingan qui réclame pas moins de 500 millions de dollars pour vendre son accord).

Et c'est quoi cette entente entre les Montagnais de Natashquan et le Québec? Quarante-trois millions à verser sur 50 ans (avec un premier chèque pour 2014 si début des travaux en 2009) pour financer divers projets socioculturels et économiques (projets qui, de toute façon, d'ici 50 ans, auraient trouvé d'autres sources de financement pour se faire) le tout administré sous l'oeil paternel d'Hydro-Québec. Vraiment, c'est pas fort comme «entente», du moins pas pour les Montagnais de Natashquan mais certes pour Hydro-Québec, laquelle entente, somme toute, signifie l'abolition d'une partie de droits ancestraux des Montagnais de Natashquan sur la rivière Romaine.

J'ai honte d'une telle entente (arrachée par diverses formes de pression). J'ai honte en tant que Québécois à l'égard d'une communauté d'hommes qui fut la grande alliée des premiers Européens de France venus s'établir au XVIIe siècle sur les bords (alors) du majestueux fleuve Saint-Laurent (et détail, pour l'édification de notre «Je me souviens» collectif, qu'on ne devrait pas oublier en ce 400e anniversaire du Québec). Et d'ailleurs «La découverte et le rôle des Montagnais et de leur Chef Anadabijou, qui accordent à Champlain la permission de s'établir à Québec, est aussi loin de diminuer le personnage», Christian Rioux dans Le Devoir du 4 juillet 2008, p. 2, «Le procès de Champlain»).

Comment pouvons-nous, en tant que descendants de ces valeureux Européens, nous montrer aujourd'hui aussi peu reconnaissants envers les premières nations du Québec? Le peuple québécois aurait tellement à gagner d'une nouvelle alliance politique favorable à l'ensemble des peuples autochtones du Québec. Tellement à gagner à rendre enfin possible la réalisation humanitaire du pays Québec! Je ne comprends pas — ou le peuple québécois n'a vraiment jamais trop été convié au rapprochement fraternel avec les autochtones jusqu'ici d'une relation entre nous plutôt réduite en «Affaire d'État»). Cette apparente indifférence publique (d'après ce qu'on pourrait en conclure à la lecture des médias) à l'égard des Montagnais de la Côte-Nord, nos frères de sang québécois. Je ne comprends pas trop (ou trop).

Le projet d'Hydro-Québec sur la Romaine se présente comme le début de la fin (ou la fin d'un mode de vie?) pas juste pour les Montagnais, mais tout autant et davantage pour la population «acadienne» de la Minganie. La fin de la tranquillité et de la paix au «naturel» (et dans la nature). Mais tout n'est pas encore joué et perdu. Les Montagnais détiennent la carte maîtresse du jeu; et espérons qu'ils sauront aussi en faire usage pour concrètement veiller à la conservation de la plus grande partie possible du territoire d'origine de la Minganie et Basse Côte-Nord. Et mieux en mettant un stop politique au projet de (ou du) Québec de détruire la rivière Romaine de la Minganie et de l'Anticosti somme toute de la dernière région à l'état naturel du Québec. L'une des dernières grandes rivières naturelles et d'importance au Québec.

Les Montagnais du Québec (et du Labrador) ont certes l'appui politique des forces écologistes à travers le monde civilisé. Espérons que pour les Montagnais de la Côte-Nord, la rivière Romaine ne se réduira pas à une simple affaire de «cash» et qu'ils sauront contribuer dans les faits à la conservation et préservation naturelle d'une partie de leur pays de la Minganie et Basse Côte-Nord pour le plus grand bien aussi de la planète Terre.

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