Prix de l'essence - L'intérêt du consommateur: payer moins cher

Le 28 juillet dernier, un professeur de sciences politiques du collège Montmorency se demandait comment l'ADQ défend l'intérêt des consommateurs en dénonçant la récente décision de la Régie de l'énergie d'imposer une hausse de 3 ¢ le litre d'essence à Saint-Jérôme.

D'abord, il importe de souligner qu'il n'y a pas que l'ADQ qui s'est portée à la défense des consommateurs dans ce dossier. Option consommateurs et le CAA-Québec sont également intervenus pour dénoncer cette décision mal avisée de la Régie.

Qu'un détaillant accepte de vendre son essence avec un profit minime de 1,6 ¢ le litre constitue une très bonne nouvelle pour les consommateurs. Pas juste une bonne nouvelle pour les clients de Costco, mais pour tous les autres puisque cela déclenche indéniablement une guerre des prix dont les consommateurs sont ultimement les grands gagnants.

L'argument voulant que des prix trop bas nuisent aux indépendants est discutable. Comme le souligne la Régie elle-même dans sa décision, les stations d'essence de Saint-Jérôme ont un taux de fermeture relativement normal et la part de marché des indépendants demeure importante. Tout cela s'ajoute au fait qu'on vend plus d'essence par habitant dans la région de Saint-Jérôme qu'ailleurs au Québec.

Prétendre que Costco peut combler ses pertes de profits sur l'essence par la vente de ses produits en magasin alors que les petits détaillants d'essence ne peuvent pas le faire en vendant «quelques sacs de chips et quelques cafés» est complètement loufoque. Comment pensez-vous que Couche-Tard et Tim Hortons font des profits? Et que dire des détaillants qui offrent des services à valeur ajoutée tels la mécanique ou le lave-auto?

Le rôle de la Régie de l'énergie est de s'assurer que les consommateurs paient un prix raisonnable, pas de s'ingérer dans la gestion quotidienne et les stratégies de vente des détaillants. Récemment, quand il y a eu des accusations de collusion contre 11 détaillants de quatre régions du Québec, nous avons été très surpris que ce soit le Bureau fédéral de la concurrence qui ait monté seul toute la preuve et que jamais la Régie n'a sonné l'alarme. Le rôle de la Régie est de défendre les consommateurs lorsqu'il y a collusion, pas d'imposer un cartel qui fait en sorte que, dans une région donnée, les détaillants ne peuvent plus se concurrencer sur les prix.

Le Québec est le seul endroit au Canada où il est illégal de vendre son essence en deçà d'un certain prix fixé hebdomadairement par la Régie. C'est probablement aussi la seule industrie qui est obligée de faire des profits en vertu d'une loi. Mais le pire, dans le cas du prix de l'essence à Saint-Jérôme, c'est que Costco vendait son essence plus cher que le prix plancher imposé par la Régie.

En obligeant les détaillants de la région de Saint-Jérôme à augmenter le prix de l'essence de 3 ¢ le litre, la Régie se retrouve, ni plus ni moins, à fixer un prix de vente. C'est exactement ce qu'on reproche aujourd'hui à ceux qui sont accusés de collusion!

Les consommateurs n'ont pas besoin de la Régie de l'énergie pour les protéger contre les rabais, les spéciaux et les aubaines. Si tel était le cas, il faudrait que la Régie intervienne pour «protéger» ceux qui veulent s'acheter une voiture neuve et qui se voient offrir un rabais de 40 ¢ le litre pour les 2500 premiers litres consommés. Ou encore, qu'elle empêche Ultramar de vendre son essence «super» 3 ¢ de moins le jeudi.

L'autre élément inquiétant de la décision de la Régie est qu'elle oblige les détaillants à augmenter le prix du litre d'essence de 3 ¢ pour une période de 30 longs mois, soit jusqu'au 24 janvier 2011. C'est beaucoup trop long et cela risque simplement de faire en sorte que les automobilistes des Laurentides iront ailleurs qu'à Saint-Jérôme pour faire le plein. En comparaison, dans une décision similaire de la Régie dans la région de Québec, le 27 juin 2001, la période d'augmentation du prix du litre n'était que pour une période de trois mois.

En conclusion, en plus d'intervenir dans un domaine où elle ne le devrait pas, la Régie a démontré sa méconnaissance des principes élémentaires d'une économie de marché. Qu'un détaillant choisisse d'augmenter ses volumes de vente et de réduire ses marges de profit ne constitue pas une évidence qu'il veuille faire de la concurrence déloyale ou une «pratique abusive».

Lundi matin de cette semaine, CAA-Québec a estimé que les marges bénéficiaires étaient anormalement élevées au Québec. Les automobilistes de Trois-Rivières, de Québec, de Saguenay et de Sherbrooke doivent faire face à des marges au détail démesurées de respectivement 11,9 ¢, 9,9 ¢, 9,4 ¢ et 9,6 ¢. Les récentes baisses du prix du pétrole ne se reflètent toujours pas à la pompe dans ces régions. Ces automobilistes auraient besoin d'une guerre de prix bien davantage que de la décision d'une Régie qui augmente artificiellement le prix de 3 ¢ le litre...

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