Libre-Opinion: La contrainte nous isole davantage

Le 1er avril, le Collège des médecins du Québec dénonçait les nombreuses mesures coercitives qui limitent l'autonomie professionnelle des médecins du Québec et plus particulièrement celle de la relève médicale. Il citait notamment l'impact négatif des plans régionaux d'effectifs médicaux (PREM) et des plans d'effectifs médicaux (PEM) des établissements. Il sonnait du même coup l'alarme quant à l'attrait d'une pratique médicale dans le secteur privé dans de telles circonstances.

Que nos médecins quittent vers le privé ou qu'ils optent pour une pratique dans une province voisine, le débat demeure essentiellement le même: la gestion en vase clos de notre système de santé ne cesse d'entraîner de nouveaux effets pervers.

On ne peut gérer, allouer, distribuer ou contraindre des ressources humaines comme si nous en avions le monopole, sans nous attendre à ce que des voies d'échappement se créent. C'est avoir une vision à courte vue que d'ignorer les alternatives qui existent en marge de notre système, et que certains de nos collègues décident d'emprunter. Et pourtant, la plupart le font probablement par dépit. De guerre lasse face à un système hostile, un quelconque décret, ou toute autre entourloupette bureaucratique prodigieuse dont nous seuls, Québécois, tenons le secret.

La contrainte ne fait que nous isoler davantage. Le Québec a réussi à ce jour à former d'excellents médecins. Ce que savent nos voisins. Par ailleurs, quelques-uns de mes très bons collègues ont fait la majeure partie de leur formation en Ontario ou en Saskatchewan. À l'évidence, nos provinces voisines semblent former également d'excellents médecins. Ce dont nous nous soucions peu.

Car depuis longtemps, nous acceptons tous d'emblée la prémisse qui veut que le Québec soit appelé à être perdant au change avec ses provinces voisines. Cette attitude nous a conduits à développer un réflexe de repli sur nous-mêmes. Face aux difficultés de répartition de nos rares médecins, nous avons resserré les PREM. Face aux difficultés associées à l'attribution des postes de résidence, nous avons établi des cibles et des plafonds stricts, régis par décret.

Certes, les PREM sont un mal nécessaire si nous voulons répondre adéquatement aux besoins de la population dans toutes les régions du Québec. Mais la contrainte n'est pas la solution. Dans le contexte de pénurie que nous vivons, nous devons plutôt faire preuve d'ouverture si nous voulons garder nos médecins et si nous voulons que nos programmes de résidence attirent non seulement des étudiants en médecine formés au Québec, mais également ceux qui sont formés dans d'autres provinces canadiennes.

Étrange idée, direz-vous? Je ne crois pas. Mais cela ne se produira que si le Québec y met le prix. Et ce prix, c'est la souplesse. Le jour où nous l'aurons compris, il n'y aura plus cette possibilité pour nos voisins de cueillir les fruits mûrs que nous avons cultivés, et nous pourrions même nous faire reprocher de puiser dans leurs ressources!

De la même façon, dans l'évaluation de nos résidents, nos énergies seront mieux investies si nous continuons d'harmoniser nos façons de faire avec le reste du pays, plutôt que de nous isoler. Que ce soit sur la question de la durée des programmes de résidence ou sur la pertinence d'ajouter examens ou certifications, notre rôle de précurseur sera mieux assumé si nous convainquons nos collègues canadiens d'emboîter le pas que si nous persistons à ériger des barrières susceptibles d'empêcher le recrutement de médecins au Québec et propices à pousser certains des nôtres sur des voies peu utiles au bien-être de la population québécoise.

La profession médicale québécoise regorge de gens ingénieux et pleins de bonnes idées. Ne laissons pas le filtre de la petitesse réduire nos idées et ambitions qu'à une simple expression de repli sur soi.

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