Libre-Opinion: Les dessous d'une augmentation de salaire

Dans votre édition du samedi 29 mars dernier, le journaliste Stéphane Baillargeon signe un article intitulé «La fois où un syndicat n'a pas voulu d'une augmentation de salaire de 30 %». Cet article, publié dans le cadre d'un dossier sur la double rémunération, omet un renseignement qui fera paraître moins étrange ce refus d'une augmentation de 30 %.

Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) a en effet refusé de conclure une entente avec le Secrétariat du Conseil du trésor. Selon les termes de cette entente, la hausse de traitement n'aurait été en vigueur que pendant une période de trois ans, période au terme de laquelle l'employeur exigeait que le syndicat consente à ce que l'employeur annule les hausses salariales si, à ses yeux, la prétendue pénurie de médecins vétérinaires prenait fin.

Je ne connais pas beaucoup de syndicats qui signent des conventions collectives contenant des dispositions qui permettent au patron de moduler les salaires à sa discrétion. Ici, ce n'est pas l'attitude du syndicat qui devrait paraître étrange mais celle de l'employeur: il a outrepassé les lois du travail en ne se conformant pas à l'obligation de négocier avec la partie autorisée et a augmenté unilatéralement les salaires.

Le gouvernement Charest n'a aucun respect pour les syndicats et les lois du travail, et sa philosophie est celle de la «dictature du patronat». Remarquez que le même gouvernement n'a accordé aucune attention à la sanction du Bureau international du travail qui, au mois de mars 2007, a condamné son refus de négocier avec le personnel de l'État et le fait qu'il ait fait adopter une loi spéciale, la loi 43, gelant les salaires pendant 33 mois et imposant les autres conditions de travail aux syndicats qui n'avaient pas conclu d'entente le 15 décembre 2005.

Tout compte fait, il n'est pas si «étrange» que le gouvernement Charest ait augmenté unilatéralement les salaires des médecins vétérinaires: ce fut là une manifestation du mépris habituel des libéraux pour les droits du travail et les syndicats.

Par ailleurs, l'article mentionne que le code d'éthique de la fonction publique «permet de faire des contrats à l'extérieur, à la condition que le professionnel ne se place pas en situation de conflits d'intérêts. [...] L'idée, c'est de ne pas engendrer de situation conflictuelle». Précisons que, sauf si elle obtient une autorisation expresse, toute personne occupant un emploi de gestionnaire ou de professionnel est tenue à l'exclusivité de service et qu'il lui est interdit d'exercer d'autres fonctions que ses fonctions gouvernementales, qu'elle soit ou non, objectivement ou en apparence, en situation de conflit d'intérêts.

L'ex-employé du Conseil exécutif cité par l'auteur de l'article, qui estime que son salaire trop bas rend la double rémunération nécessaire, me rappelle certains débats qui ont eu lieu à ce sujet il y a une quinzaine d'années dans nos rangs. En fin de compte, nos instances avaient conclu que l'intégrité de l'administration publique y perdrait si les professionnels et les gestionnaires pouvaient être titulaires d'un autre emploi, même si l'occupation de cet emploi n'entrait pas en conflit d'intérêts avec l'emploi occupé dans la fonction publique. Les instances du syndicat avaient donc refusé de revendiquer des changements au code d'éthique du gouvernement.