Du tourisme pédagogique en Finlande

Depuis que la Finlande se classe bonne première dans les enquêtes internationales en éducation, elle a développé un nouveau tourisme qu'elle appelle «tourisme pédagogique». Plusieurs pays du monde s'intéressent à ce système d'éducation qui obtient de si bonnes performances. Plusieurs visites sont organisées et, dernièrement, j'ai fait partie d'un groupe de notre milieu scolaire qui a pu, pendant une semaine, visiter des écoles, poser des questions, écouter des propos et, surtout, faire des observations.

C'est avec mon regard d'universitaire, mais aussi de chercheuse engagée avec le milieu scolaire relativement à la mise en oeuvre du renouveau pédagogique actuel, que je livre quelques réflexions à la suite du dépôt de l'avis du Conseil supérieur de l'Éducation (CSE) sur l'évaluation des connaissances en plus des compétences.

Succès finlandais

D'abord, je dois dire que plusieurs facteurs semblent contribuer au succès de la Finlande en matière d'éducation autant sur le plan de la formation à l'enseignement que sur ceux de la pédagogie, de l'administration et de l'organisation des écoles, du curriculum des élèves, sans oublier l'environnement culturel, religieux et social. Vouloir transposer un facteur — celui qui ferait notre affaire — au système scolaire québécois, sans regarder l'ensemble du contexte éducatif, social et culturel est une avenue à éviter. Chacun des facteurs a sa place en tenant compte des choix faits en Finlande.

La Finlande a donné la priorité à l'éducation et conçoit même que cela peut faire une différence sur le plan social de façon plus globale. Ce pays s'est donc donné un système adapté à ses besoins et à sa culture. Les enseignants sont considérés comme étant les meilleurs au monde — la ministre de l'Éducation le souligne elle-même. Cette valorisation semble avoir un impact sur les parents, qui font confiance aux gestes professionnels effectués par le personnel enseignant.

On peut percevoir une responsabilisation des enseignants et une confiance en leurs façons d'appliquer le programme cadre, élaboré par une agence indépendante du ministère, à partir de choix pédagogiques qu'ils peuvent eux-mêmes faire. Cette idée va dans le sens de l'avis du CSE qui vise à tenir compte de la diversité des besoins d'information des parents et qui «invite les écoles à déterminer, de manière concertée, les modalités de communication qui sauront soutenir l'engagement des parents dans l'éducation de leur enfant». Un moyen unique, appliqué partout, dans toutes les écoles, de la même manière, ne respecterait pas cette orientation.

Autour des élèves

Dans un court texte, j'ai choisi d'aborder quelques points qui mettent l'accent sur les élèves. D'abord, les fondements de l'éducation en Finlande sont axés sur la perspective socioconstructiviste. C'est ce qui est affirmé autant dans les documents qu'oralement. On peut le constater par la responsabilisation donnée aux élèves et dans les interactions suscitées en classe. L'accent est mis sur la compréhension; les contenus disciplinaires étant importants, sans que tout l'accent soit mis sur les connaissances. Par exemple, pour conserver son premier rang, dans les prochaines années, la Finlande donne priorité à l'«apprendre à apprendre».

Je peux ajouter que l'entrée au primaire se fait à l'âge de sept ans. Dans le système finlandais, on considère que les élèves doivent atteindre une certaine maturité pour faire des apprentissages scolaires. Cela veut donc dire que, lorsque les élèves passent les épreuves internationales à 15 ans, ils ont une année de scolarité de moins que la majorité des autres élèves tout en se classant au premier rang.

De plus, les élèves font l'apprentissage de quatre langues: la langue maternelle, la langue seconde (le suédois), une langue étrangère (le russe, l'allemand, l'italien, le français, etc.) et l'anglais. Inutile d'être spécialiste pour présumer que l'apprentissage de plusieurs langues a un impact sur la structure cognitive des élèves pour divers apprentissages scolaires. De 7 à 19 ans, les cours sont généralement de 45 minutes, entrecoupés de 15 minutes de pause.

Détente

Dans ce système, cela est considéré comme un moyen de se détendre entre divers apprentissages; cela aide à apprendre, à avoir l'esprit alerte. À ces quelques points, je pourrais ajouter que les élèves mangent à l'école et que le repas est gratuit de 7 à 19 ans. Les classes visitées étaient bien équipées sur le plan technologique. Enfin l'architecture apparaît un facteur aidant pour favoriser des approches pédagogiques diversifiées et pour donner le goût de l'école.

Adopter le tourisme pédagogique, non limité à la visite d'un seul pays, apparaît un bon moyen de réfléchir à son propre système d'éducation, d'apporter des idées d'ailleurs pour alimenter la discussion sans vouloir transposer directement des moyens qui semblent fonctionner ailleurs. Cela contribue aux débats à propos de son propre système d'éducation et, finalement, aide à apprécier certains aspects de notre système tout en conservant un regard critique.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.