Conflit de travail à Radio-Canada - Le temps d'une paix...

Je rentre à Radio-Canada lundi, après mon premier conflit de travail en 40 ans de carrière. Neuf longues semaines qui nous ont fait mal, à tout le monde: à mes collègues syndiqués, à Radio-Canada, à ses dirigeants et au public aussi. Neuf longues semaines qui ont néanmoins permis de mettre le doigt sur des problèmes réels et, espérons-le, d'aboutir à des solutions.

Mais le temps de l'affrontement est terminé. C'est le temps de reprendre le travail: il nous a manqué... Que Radio-Canada retrouve ses voix et son vrai visage, celui que ses artisans se sont toujours appliqués à lui donner.

C'est le temps de laisser tomber les injures, le mépris, la rancoeur. À force de «manger du Radio-Canada», il n'en restera plus. Personne n'en sortirait gagnant. Peut-être que tous les griefs ne sont pas tous résolus, c'est même certain, mais ce qu'il faut souhaiter, maintenant, c'est que chacun retrouve sa fierté d'appartenir à cette boîte qui demeure, malgré ses imperfections, la référence en radio et en télévision. On n'en a jamais eu autant conscience qu'au cours de ces dernières semaines. Et cette fierté, c'est ce qui devrait aujourd'hui nous unir tous, artisans comme patrons.

Le conflit a écorché bien des gens, d'un côté comme de l'autre. Il faut rebâtir les ponts, rétablir la confiance. Nous avons maintenant l'obligation et aussi les moyens de le faire. L'entente que Radio-Canada a proposée et qu'ont acceptée les membres du SCRC va permettre de discuter au plus haut niveau de l'orientation, de la gestion, de la viabilité de la radio et de la télévision publiques, qui méritent d'être redéfinies. Cette entente fait du développement professionnel et des aspirations de chacun une priorité; elle prévoit également une révision des façons de faire dans les salles de nouvelles.


Radio-Canada reconnaît donc qu'il y a des problèmes et accepte de discuter des solutions avec ses employés. C'est plus qu'un geste de bonne volonté, c'est une ouverture remarquable. Il appartient à chacun de saisir l'occasion de dire ce qu'il en pense et de faire valoir ses idées. J'ai franchement confiance qu'il pourra en résulter une gestion plus humaine, des rapports plus riches entre ceux qui font Radio-Canada, et même de meilleures émissions: après tout, c'est toujours notre raison d'être.


C'est pour ces raisons que, lundi, je vais rentrer à Radio-Canada, non pas à reculons mais un pied devant l'autre: c'est comme ça qu'on m'a appris à marcher.


Maintenant est venu «le temps d'une paix»: il n'y a rien de plus radio-canadien que cela... et qu'elle soit durable.





Bernard Derome est journaliste.