En réaction à la parution du livre L'Affaire Coffin: une supercherie? - Tout reste à dire sur l'affaire Coffin

En octobre dernier, l'avocat Clément Fortin ajoutait son grain de sel à l'affaire Coffin en publiant L'Affaire Coffin: une supercherie? Selon l'auteur, l'objectif d'un nouvel ouvrage sur le sujet n'est pas tant de confirmer si Wilbert Coffin est véritablement coupable du meurtre des trois chasseurs américains survenu à l'été 1953 en pleine forêt gaspésienne, mais plutôt de confirmer si le prospecteur minier a eu droit à un procès juste et équitable et s'il était justifié que le jury le condamne.

Fortin a donc parcouru les 2250 pages du procès, en plus des 16 041 pages de notes reliées à la Commission royale d'enquête de 1964. À mon avis, Fortin a lu de façon mécanique ces milliers de pages, sans faire mention des trop nombreuses irrégularités entourant cette affaire.

Fortin en conclut que le procès de Coffin — contrairement à ce que d'autres auteurs ont pu véhiculer dans le passé, plus particulièrement Jacques Hébert — «n'a pas été entaché d'irrégularités» et qu'il ne constitue pas «une grave erreur judiciaire». Selon lui, ceux que Jacques Hébert accusait d'être les assassins de Coffin ont respecté la primauté du droit, d'où la «supercherie» que serait l'affaire Coffin.

Fortin termine d'ailleurs sur cette note: «Le procès de Wilbert Coffin est authentique, mais l'affaire Coffin est une supercherie.» Pourtant, une contradiction saute aux yeux dans les intentions de Clément Fortin. Il prétend qu'il ne cherche «pas à remettre en question l'affaire Coffin». Pourquoi la qualifier de «supercherie» alors? Fortin se demande: «Pourquoi tout ce chahut autour de Coffin?» L'encre aurait donc coulé inutilement pendant toutes ces années? Vraiment?

Partielle réalité

L'erreur de Fortin se situe justement à ce niveau. Il est persuadé que Coffin a eu un procès juste et équitable en se basant uniquement sur les notes dudit procès et sur celles de la Commission royale d'enquête. Ce n'est, hélas, pas aussi simple. Le contexte politique et social du Québec des années 1950 influence le déroulement du procès ainsi que la prise de décision du jury qui condamne Coffin à l'échafaud.

Les notes du procès ne traduisent que partiellement la réalité. Des faits majeurs n'ont pas été rapportés lors du procès. Des irrégularités sont survenues sans que les jurés — qui ont eu la tâche ingrate de juger Coffin — en aient eu connaissance, ce qui me fait dire que le Gaspésien n'a pas eu le procès juste et équitable dont fait mention Clément Fortin.

Pourquoi l'affaire Coffin?

Contrairement à ce qu'affirme Clément Fortin, Raymond Maher, le principal avocat de Coffin, n'est pas un avocat de renom. Au moment du procès, Maher n'a que cinq ans d'expérience en droit. Plusieurs considèrent qu'il fait preuve d'une incompétence certaine qui a contribué à l'exécution d'un innocent. À preuve, lors de l'enquête du coroner du 27 août 1953, Gabriel Bernard, l'un des six membres du jury, se souvient parfaitement que Maher est en état d'ébriété.

Le soir même, Maher et son secrétaire se rendent au camp de Coffin pour récupérer une arme qui aurait — sans que cela ait été prouvé — servi à assassiner les trois chasseurs. Cette arme, Maher la fait disparaître en la jetant par-dessus le pont de Québec, éliminant ainsi une pièce à conviction. La police est pourtant au courant de ce fait, et ce, bien avant que ne débute le procès. Fortin semble trouver ce geste plutôt «gênant» de la part d'un avocat, mais sans plus. Maher aurait dû perdre le droit de défendre son client sur-le-champ, en plus de subir un procès et d'être radié du barreau.

D'autres questions

Sachant très bien où trouver cette arme, le policier Henri Doyon de Gaspé tente en vain de convaincre son supérieur, le capitaine Alphonse Matte, de la récupérer. Fortin omet de mentionner ce fait capital. Vous connaissez la suite... Non seulement, l'arme est récupérée par d'autres mains, mais Doyon n'obtient pas le droit de fouiller la voiture de Raymond Maher qu'il soupçonne. La police de Duplessis veillait au grain! Lors du procès, Doyon garde le silence sur l'attitude plus que discutable de la part de Matte. En fait, il craint les foudres de son supérieur et de la police provinciale, ce qui n'empêche pas Matte de le démettre de ses fonctions en 1961.

Par ailleurs, comment se fait-il que Maher ne parvienne à faire témoigner aucun témoin pour la défense de Coffin? Il ne présente pas de contre-preuve. Croyant avec raison que Coffin risque d'avoir du mal à répondre aux questions des procureurs de la Couronne, il empêche l'accusé de témoigner. Trente minutes plus tard, le verdict est rendu: coupable. Pourtant, Coffin ne demandait qu'à être appelé à la barre.

Peu après le procès, Maher, un proche de l'Union nationale, est nommé conseiller juridique à la Régie des loyers par Maurice Duplessis (Duplessis l'a-t-il récompensé?), qui cumule les postes de premier ministre du Québec et de ministre de la Justice. À la mort de Duplessis, les ambitions politiques de Maher se manifestent. Il se présente à la direction du parti, mais c'est Daniel Johnson qui remporte l'investiture. L'avocat de «renom» n'obtient que deux votes sur 1944 délégués.

Coffin trahi par la justice?

Au terme de cette même enquête du coroner, le principal avocat de la couronne, Me Noël Dorion, rencontre les jurés en privé. Ces derniers sont sur le point de rendre une décision, à savoir s'il y a eu meurtre, et si oui, qui peut en être le responsable. Puis survient un fait inusité. Sur un ton paternaliste, Dorion prévient les jurés que, quel que soit leur verdict, il a reçu des instructions du département du Procureur général (nul autre que Maurice Duplessis !) de porter des accusations contre Coffin pour le meurtre des chasseurs américains.

Est-ce une procédure régulière en droit? Si oui, pourquoi demander l'avis aux jurés? Fortin présente cette attitude de la part de Dorion comme une banalité. Gabriel Bernard se souvient qu'il n'y a pas unanimité au sein du jury. Tous s'entendent sur le fait que Coffin a volé les Américains, mais tous ne sont pas d'accord pour que Coffin soit désigné comme le meurtrier. Mais qu'importe...

En 1964, Jacques Hébert — qui a déjà publié deux ouvrages sur l'affaire Coffin sans avoir lu, il est vrai, les notes du procès — provoque néanmoins l'ouverture d'une Commission royale d'enquête, souvent citée par Fortin comme une commission «modèle» où tout s'est passé en parfaite légalité. Cette commission se devait d'enquêter «sur les agissements des officiers, des agents de police et de toutes autres personnes ayant participé directement ou indirectement à la préparation et à l'exposé de la preuve qui a servi dans toutes les procédures qui ont abouti à l'exécution de Wilbert Coffin».

Comment expliquer que les nouvelles enquêtes sont menées par le sergent Jean-Charles Van Houtte, un policier qui a pris part à cette affaire à Gaspé sous les ordres d'Alphonse Matte? Van Houtte n'est-il pas juge et partie lorsqu'il enquête, notamment, sur Matte... et sur lui-même? Pourquoi ne pas avoir choisi un policier tout à fait indépendant?

Tout reste à dire

Il y aurait tellement d'autres irrégularités non mentionnées dans les notes du procès à faire connaître, mais l'espace manque. Jusqu'à preuve du contraire, ni vous ni moi n'étions dans la forêt gaspésienne à l'été 1953. Les témoins se font plutôt rares. Malgré le manque de preuves et les irrégularités, Coffin a été exécuté. Qu'a-t-on fait de la présomption d'innocence? Un cumul de preuves circonstancielles a suffi à pousser Coffin à l'échafaud dans la nuit du 10 février 1956.

Le 17 novembre 2006, on apprend à la une du journal The Gazette qu'une femme admet que son père Philippe Cabot a tué les trois Américains. Cette révélation provient de son frère Gabriel, décédé en mai 2006. Il aurait été témoin de cet acte et aurait avoué le crime à sa soeur avant de mourir. Cette nouvelle donne de la crédibilité à la thèse d'Alton Price, qui a effectué une recherche exhaustive, et qui avance cette même hypothèse dans son livre To Build a Noose, publié en 1996 et traduit en français en 1998.

Lors d'une entrevue à l'émission Maisonneuve en direct, le 29 novembre 2007, Fortin prétend que «ce n'est pas sérieux». Mais pourquoi un homme sur son lit de mort accuserait-il son père, décédé en 1998, du crime de trois chasseurs américains? Bien sûr, les preuves se sont envolées avec lui... Voilà pourquoi l'affaire Coffin. Voilà pourquoi le «docu-roman» de Clément Fortin ne règle en rien l'affaire Coffin. Tout reste à dire.
1 commentaire
  • Guillaume Girard - Inscrit 5 février 2011 06 h 33

    L'affaire Coffin est une supercherie ou une partielle réalité?

    ''Ce n'est, hélas, pas aussi simple. Le contexte politique et social du Québec des années 1950 influence le déroulement du procès ainsi que la prise de décision du jury qui condamne Coffin à l'échafaud.''

    Hum, vous avez des preuves de ce que vous avancez?

    Ou bien, est-ce votre imagination tentaculaire qui vous fait déborder des faits? Vous ne pouvez pas extrapoler à partir d'un contexte historique conjecturé, des faits juridiquement vérifiés!

    Ne serait-ce pas là une de vos erreurs?

    Vous dites: ''L'erreur de Fortin se situe justement à ce niveau. Il est persuadé que Coffin a eu un procès juste et équitable en se basant uniquement sur les notes dudit procès et sur celles de la Commission royale d'enquête. Ce n'est, hélas, pas aussi simple.''

    Maître Fortin, une sommité en son domaine, a étudié la preuve dans le détail et avec toute la rigueur qu'on peut lui reconnaître. Je ne peux malheureusement pas en dire autant de votre diatribe gratuite et sans fondement!