Industrie forestière - Des mythes à déboulonner

Plusieurs mythes ont la vie dure dans le monde forestier. Un de ceux-là est qu'il y ait eu et qu'il continue d'y avoir une collusion entre l'industrie forestière et le gouvernement. Cette collusion aurait en particulier permis à l'industrie forestière de recevoir le bois tel un don.

L'auteur-compositeur Richard Desjardins, membre de l'Action boréale, est revenu récemment sur ce mythe en mentionnant, dans Le Devoir du 8 janvier dernier, ceci: «Il n'est pas inutile de rappeler que les contrats d'approvisionnement et d'aménagement forestiers (CAAF) qui garantissent du bois constant aux compagnies ont été accordés gratuitement il y a une vingtaine d'années.» Cela est peut-être vrai pour l'avènement des CAAF comme tels, mais si on regarde le contexte général dans lequel ils ont été mis en place, la conclusion est cependant tout autre.

Les CAAF sont venus remplacer une formule d'attribution des bois appelée «concessions forestières». Dans les concessions, les industriels forestiers étaient propriétaires du bois et décidaient de la quantité de bois qui se coupait. Le fonds de terre restait public. En contrepartie de ces droits, ils assumaient tous les coûts reliés à leurs activités en plus de payer des frais reliés à l'obtention de la concession et naturellement les droits de coupe. Ce n'était pas «donné»!

Un premier PPP

Cette formule — certainement un des premiers partenariats public-privé au Québec — fut très bénéfique pour la province. Elle permit en particulier l'apport important de capitaux en région et dans les coffres de l'État à une époque où le Québec était loin d'être aussi développé qu'il ne l'est aujourd'hui. Et contrairement à ce que l'on peut penser — un autre mythe à scier! —, les compagnies n'ont pas «plumé» le territoire. En fait, selon le gouvernement, elles ne coupaient pas assez. Ce point fut d'ailleurs une des principales raisons qui ont amené le gouvernement à mettre fin aux concessions.

Il fallut donc rétrocéder, mais les compagnies,

des papetières surtout, étaient peu enclines à céder «leur» territoire, qu'elles aménageaient parfois

depuis plusieurs décennies. Comme la formule de rétrocession de gré eut peu de succès malgré des compensations financières, ce fut la méthode forte: les CAAF. Par l'entremise des CAAF, le gouvernement mit fin en 1985 à tous les droits des concessionnaires sans compensation financière. Toutefois, en échange, il leur garantit des approvisionnements en bois.

Donc, oui, en effet, les compagnies n'ont pas payé pour les CAAF, mais c'était un peu normal, le gouvernement les ayant pratiquement «expropriés» sans leur donner un sou! La moindre des choses pour un gouvernement responsable était au moins de trouver une autre forme de compensation.

Comme on peut s'en rendre compte, si on lit seulement la fin d'une histoire, on peut s'imaginer ce que l'on veut concernant les pages précédentes et créer des mythes ou des légendes. J'espère que cette précision contribuera à mettre fin à un mythe qui a eu une longue et belle vie concernant le monde forestier.

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