Lettres: Le grand recensement

Alors que l'on sait très bien qu'une bonne partie de la population, à Montréal du moins, vit seule, par choix ou par fatalité, on continue à parler du temps des Fêtes sans tenir compte de cette réalité dérangeante. La publicité la première représente des familles unies (uniformément blanches et bien portantes) ou des couples exemplaires comme dans les contes de fées. La réalité est-elle à ce point troublante que l'on ne puisse la dépeindre que tronquée, même aux fins lucratives de la consommation, reconnue sans principe autre que le profit?

Le temps des Fêtes, supposé réjouissant, devient un moment privilégié de départager avec insistance les gagnants des perdants selon les traditionnels critères de réussite sociale, enrichis de la réussite affective: au sommet, les gras durs au grand sourire entourés d'une nombreuse progéniture, jalousement refermée autour d'un bon feu de bois, au bas de l'échelle les pauvres types qui n'ont même pas un ami avec qui partager un morceau de dinde froide.

Et si, en regardant de nos propres yeux et hypocrisie mise à part, on s'apercevait que la réalité est beaucoup plus nuancée et que la traversée de l'année, même seul avec son chat sur les genoux, peut être un moment heureux?

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