Primaires et caucus à l'américaine - Coup d'envoi d'une élection qui peut tout changer

Aujourd'hui, le caucus de l'Iowa marquera le coup d'envoi de dix mois de votations destinées à désigner, en novembre prochain, le futur président des États-Unis.

Il faudra donc aux postulants des reins solides et un trésor de guerre idoine pour affronter cette année électorale. D'ailleurs, Hillary Clinton, Barack Obama, John McCain, Mitt Romney ou encore Rudy Giuliani ne s'y sont pas trompés: ils sont depuis plusieurs années en campagne pour amasser fonds et soutiens. Las, le caractère inédit de l'élection de 2008 pourrait fort bien redistribuer les cartes, reléguer les favoris à l'arrière-plan et faire émerger d'illustres inconnus... à commencer lors de l'épreuve-test de l'Iowa.

Primaires ou caucus

En ce début d'année 2008, l'objectif pour les partis démocrate et républicain est de sélectionner leur candidat à la présidence. À travers un long processus interne à chaque parti, les électeurs désignent donc, au suffrage indirect, un candidat pour représenter le parti: ils ne choisissent pas directement le prétendant à la Maison-Blanche, mais plutôt des délégués qui les représenteront à la convention nationale de leur parti pour avaliser leur choix.

Élément de complexité, le mode de désignation de ces délégués varie d'un État à l'autre: selon qu'on se prononce en Californie ou à New York, en Floride ou dans les Dakota, les deux partis nationaux, les partis d'État, le gouvernement fédéral, le gouverneur de l'État ou encore les tribunaux sont amenés à encadrer le processus. De surcroît, le système revêt deux formes. L'une traditionnelle: les caucus. L'autre plus moderne et plus démocratique: les primaires.

Moins coûteux mais moins transparent, le caucus a longtemps constitué la première étape de la désignation d'un candidat présidentiel. Il implique essentiellement les militants du parti qui, réunis dans une école, un hôtel de ville ou encore une salle communautaire, discutent avec les aspirants à la délégation des options présentées par leur candidat à la présidence puis votent à main levée. Ce procédé est aujourd'hui souvent délaissé au profit des primaires, car il accorde un poids démesuré aux dirigeants du parti. Toutefois, son faible coût explique en partie sa pérennité et le fait qu'en 2008 quinze États y recourent encore.

Les primaires constituent — pour 37 États en 2008 — une solution de rechange démocratique au procédé oligarchique du caucus. Alors que l'organisation des caucus incombe aux partis, la mise en place de primaires relève des États. Ce faisant, les coupes budgétaires de certains États touchent directement cette institution: c'est pour cela que le Kansas, en 2004 puis de nouveau en 2008, y a renoncé. Ce système de primaires, où le vote est à bulletin secret, se décline en deux variantes. Il s'agit de primaires ouvertes si les électeurs peuvent se prononcer indépendamment de leur affiliation: on leur demandera simplement de choisir, le jour du vote, s'ils souhaitent participer à la primaire du Parti démocrate ou à celle du Parti républicain. Par contre, dans le cadre de primaires fermées, seuls les électeurs ayant préalablement déclaré leur affiliation au parti concerné (par exemple au moment de leur inscription sur les listes électorales) pourront se prononcer.

Coup d'envoi en Iowa

L'année électorale débute donc, conformément à la tradition, avec le caucus de l'Iowa aujourd'hui, suivi, comme toujours, par la primaire du New Hampshire, le 8 janvier. Si ces deux petits États sont attachés à cet us, c'est en raison de leur rôle-clé dans la campagne, qui leur confère une exposition médiatique et des retombées économiques considérables. Cette première étape est en effet importante, mais pas toujours décisive: la première primaire et le premier caucus constituent souvent pour les candidats un tremplin, ou un handicap.

Si ces deux votations ne permettent pas de tirer des conclusions définitives quant à l'issue du cycle de primaires, elles peuvent cependant modifier considérablement les pronostics. C'est ainsi qu'en 2004, au soir du caucus en Iowa, le fameux cri de Howard Dean (le «Dean Scream» que l'on retrouve aisément sur YouTube) a consacré sa déchéance. À l'inverse, la victoire, contre toute attente, de Jimmy Carter (si méconnu alors que les commentateurs demandaient: «Jimmy qui?»), le 19 janvier 1976, dans ce même État, a été le point de départ d'une dynamique irréversible le menant à la Maison-Blanche dix mois plus tard.

Cette place de choix dans le calendrier électoral n'est pas sans susciter des réactions: pour contrer la résonance disproportionnée de ces deux États du Nord, un ensemble d'États du Sud a choisi, dès 1988, d'organiser simultanément leurs primaires un mardi. Ce premier Super Tuesday a constitué le premier mouvement vers une compression du calendrier électoral, chaque État cherchant chaque fois à devancer les autres. Preuve en est, le Super Tuesday du 2 mars 2004 aura lieu le 5 février en 2008. Ainsi, dès la mi-février d'ailleurs, puisque 33 États se seront déjà prononcés, les noms des candidats à la présidence qui seront officiellement désignés durant les conventions nationales de l'été seront sans doute déjà connus.

Depuis 1830, ce cycle de primaires et de caucus s'achève en été avec les «conventions nationales» des partis: c'est alors que les délégués élus dans le cadre des primaires en fonction de leur affiliation à tel ou tel candidat vont confirmer officiellement les candidats à la présidence. Il s'agit là de grands-messes de quatre jours où tout est articulé autour des médias de façon à optimiser la résonance de ces événements. Elles atteignent leur point d'orgue avec la nomination, le troisième jour de ces conventions, du candidat à la présidence: le cycle des primaires est clos le lendemain et la véritable course à la Maison-Blanche est ouverte.

Les différences de 2008

Tout d'abord, et sans précédent depuis 1928, aucun candidat de l'administration en place n'aspire à la fonction présidentielle. Dans les derniers cycles électoraux, en effet, il était d'usage, lorsque le président ne se représentait pas, que le vice-président en exercice — ou, à défaut, un membre du gouvernement — se lance dans la course. Tel n'est pas le cas cette année: du côté démocrate comme du côté républicain, le siège officiel de «candidat à la Maison-Blanche» reste à pourvoir.

C'est la raison pour laquelle la course pourrait être serrée entre Barack Obama et Hillary Clinton du côté démocrate. C'est également pourquoi, du côté républicain, des outsiders comme Mike Huckabee et Mitt Romney viennent jouer les trouble-fêtes.

Ensuite, et pour la première fois depuis que l'instauration du système de subventions publiques en 1976, des candidats ont choisi de s'en passer complètement en raison des plafonds de dépenses imposés par ce régime. Tel est le cas de Hillary Clinton, qui a d'ailleurs amassé plus de 90 millions de dollars — dont elle a déjà dépensé la moitié — imposant son propre rythme aux autres candidats (tant chez les démocrates qui lui font face pendant le cycle de primaires que chez les républicains qui envisagent de se retrouver face à elle à l'issue de l'été).

C'est ainsi que Barack Obama a renoncé, à son tour, au financement public pour les primaires tandis que des candidats en plus grande difficulté, comme le démocrate Edwards ou le républicain McCain, ont été contraints d'y recourir. En 2006, l'ancien président de la Federal Election Commission prédisait une «élection à un milliard»... Il se pourrait fort bien qu'il soit désormais en deçà de la réalité.

Enfin, cette élection se distingue en raison du rôle qu'Internet y joue déjà: en témoignent la tenue des débats avec YouTube et CNN, ou encore Yahoo! et Slate, et l'usage par les candidats d'outils de réseau comme MySpace ou Facebook.

Débats à venir

Pendant les dix mois à venir, les candidats débattront de sujets récurrents comme l'Irak, le système d'assurance maladie, la sécurité ou encore le crédit immobilier. Il y aura les sempiternels débats sur la nature du système de votation, le rôle du collège électoral et la place du District of Columbia. Comme à l'accoutumée, les «swing States», ces fameux États-pivots qui font l'élection, seront au coeur de la campagne: de la Floride à l'Indiana en passant par l'Ohio, leurs électeurs sont dès à présent courtisés par les candidats à la présidence — et le seront de plus en plus au fur et à mesure qu'approchera novembre 2008.

Mais plus encore, et malgré les mesures adoptées par le Congrès à la suite de l'imbroglio électoral de 2000, la persistance de problèmes cruciaux liés au système de vote (complexité des bulletins, purges indues et harmonisation des listes électorales, procédure d'identification des électeurs lors du vote, remplacement des vieilles machines de votation, errements du vote électronique, surveillance des élections et cas de fraudes) pourrait, lors des primaires, et plus encore lors de l'élection générale, altérer les résultats du scrutin de la très convoitée course à la Maison-Blanche... Et tout commence en Iowa!

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