Gangs de rue: il y a urgence

À l'aube de l'année 2008, et en ma qualité de député montréalais, je souhaite proposer un bilan et une analyse d'un phénomène qui préoccupe de plus en plus nos concitoyens, soit le phénomène des gangs de rue, et ce, plus particulièrement pour Montréal.

Bien que la criminalité en général soit à la baisse, celle associée aux gangs de rue, elle, est à la hausse. Il est maintenant admis que les gangs de rue font partie intégrante de l'environnement du crime organisé au Canada.

Les conséquences se font sentir dans les communautés. Pour s'en convaincre, il suffit de consulter l'étude DAVI (Drugs, Alcool and Violence International) qui a été conjointement réalisée par le Canada et les États-Unis en 2006. Cette étude a permis de suivre 904 jeunes garçons de Toronto et de Montréal, de la 9e à la 12e année d'école. En fait, cette recherche, réalisée par Patricia G. Érickson et Jennifer E. Butters, a mis au jour, si besoin était, les liens pervers entre les gangs de rue, les armes et la drogue. Trois grandes conclusions en ressortent:

- il existe une corrélation entre la présence des gangs et l'accessibilité à des armes à feu et à des drogues dans les écoles;

n à Montréal, 18,7 % des garçons (de 14 à 17 ans) du groupe étudié ont déjà apporté une arme à feu à l'école, comparativement à 15,1 % à Toronto;

- les jeunes décrocheurs qui font le trafic de la drogue sont plus susceptibles d'être impliqués dans des actes de violence armés.

Ce qui m'intéresse, comme député de Hochelaga, c'est la situation des gangs de rue à Montréal. D'abord, la violence liée aux gangs de rue va en augmentant. Cinq constats s'imposent:

- il y a une vingtaine de gangs de rue majeurs à Montréal pour un total approximatif de 500 membres actifs;

- la plupart des gangs de rue majeurs existent depuis plusieurs années et bon nombre de leurs membres sont âgés de plus de 18 ans. Leurs activités criminelles les plus fréquentes sont le trafic de drogues, le proxénétisme, la fraude, le vol qualifié, l'extorsion ciblée et l'intimidation;

- il y a une intensification des activités des gangs majeurs qui se caractérise par une plus grande implication dans les marchés criminels organisés, une augmentation de la gravité de la violence, une utilisation plus prolifique des armes à feu et des liens plus étroits avec le crime organisé adulte;

- les gangs de rue sont moins tributaires des considérations ethniques qu'auparavant; ces gangs organisent plutôt leurs activités autour des marchés criminels lucratifs, qu'ils soutiennent et protègent par la force et l'intimidation;

- les deux principaux gangs de Montréal demeurent les Bloods et les Crips. Les causes de leurs affrontements se sont déplacées: à l'origine axé sur l'antagonisme ou la vengeance, le mobile des gestes violents est aujourd'hui la rentabilité dans le cadre du contrôle de marchés criminels.

Procureurs spécialisés

Cette situation étant, il est impératif que le Service de police de la Ville de Montréal dispose de plus de policiers, d'enquêteurs et de procureurs de la Couronne spécialisés dans le fonctionnement des gangs de rue. À ce titre, le budget fédéral de 2006 a mis 161 millions de dollars à la disposition des provinces pour l'embauche de policiers et de procureurs de la Couronne. Il est inadmissible que le gouvernement du Québec ne sache toujours pas combien il recevra et quand ces sommes d'argent seront disponibles.

Le Bloc québécois a proposé de former des procureurs de la Couronne spécialisés dans le phénomène des gangs de rue, à l'instar de ce qui s'était fait pour le crime organisé. Présentement, pour obtenir une condamnation des membres de gangs de rue, les procureurs doivent investir des centaines d'heures et des ressources considérables. Aussi nous avons suggéré de doubler les montants affectés à la Stratégie canadienne de prévention du crime, par laquelle des agents du milieu, des travailleurs de rue et des policiers communautaires peuvent utilement s'employer à faire du travail de prévention et d'information.

L'approche conservatrice est pour le moins incohérente, le gouvernement a déposé des projets de loi prévoyant des peines minimales obligatoires que toutes les recherches disponibles jugent inefficaces, alors que les services de police, par l'entremise des gouvernements des provinces, sont privés de millions de dollars qui leur permettraient de tenir en échec les gangs de rue, qui se font plus menaçants que jamais.

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