La démocratie scolaire à l'heure des choix

Il convient de revenir sur la démocratie scolaire au lendemain de la motion de censure proposée par l'ADQ. Elle a été défaite, mais les faits à son origine demeurent. Autant poursuivre la réflexion.

Le résultat des élections scolaires du 4 novembre était prévisible en raison de la tendance à la baisse, lourde et constante, observée depuis 1973, année de l'instauration du suffrage universel dans l'ensemble du Québec.

Il faut à coup sûr une instance locale pour organiser les services éducatifs sur un territoire donné. En éducation, le pouvoir local vaut mieux que le centralisme d'État. Mais malgré le mauvais procès qu'on fait aux commissions scolaires, elles ont fait la preuve, surtout depuis la Révolution tranquille, de leur compétence à organiser adéquatement les services sur les territoires — variables dans le temps — qui leur ont été confiés. On peut encore décentraliser davantage vers les établissements, mais il faudra toujours une autorité compétente pour assurer à chaque élève les services auxquels il a droit, quels que soient sa condition et son lieu de résidence. À cet égard, les municipalités n'ont développé aucune compétence particulière à ce jour.

Des pistes d'action

Alors, que faire après le désastre du 4 novembre? Eh bien, on peut d'abord tenter de réformer, sérieusement cette fois, le système électoral scolaire en vue des élections de 2111, notamment:

- en tenant les élections scolaires en même temps que les municipales, comme Ontario et dans bien des États américains;

- en élisant le président de la commission scolaire au suffrage universel, comme on le fait pour le maire d'une municipalité. Cela incitera les candidats à présenter un programme politique et à former une équipe pour les soutenir;

- en augmentant le nombre des commissions scolaires en vue de rapprocher les citoyens des centres du pouvoir, dont ils sont déraisonnablement éloignés à l'heure actuelle;

- en simplifiant le processus électoral, donc en permettant le vote par la poste, par téléphone (ou par Internet), comme en Ontario et ailleurs, donc en renversant le postulat actuellement au fondement du système, à savoir que l'électeur est un fraudeur en puissance, au profit de la présomption de la bonne foi;

- en assurant l'information minimum garantie aux citoyens mieux qu'on ne l'a fait le 4 novembre, où on leur a transmis — du moins à Montréal — une information minimale.

Mais on peut aussi considérer, après 34 ans du régime actuel, que la preuve est raisonnablement faite que ni les électeurs ni les candidats ne voient en l'élection un exercice politique, qu'elle n'est rien de plus qu'une technique de nomination analogue à celle qu'on utilise pour élire un conseil d'administration. Dans ce cas, on peut considérer que l'investissement en temps, en énergie et surtout en argent qu'entraîne ce système électoral est, au regard du résultat obtenu, manifestement disproportionné et qu'il faut donc passer à autre chose.

Pour un gain de démocratie

Bref, la première réflexion à tenir devrait porter sur le caractère réformable ou non du système en place. D'aucuns prétendront qu'on n'a pas fait jusqu'ici tous les efforts utiles et nécessaires. D'autres répondront: c'est bien parce que vous avez négligé de le faire lorsque tous les signaux annonçaient la catastrophe à venir. Cela suffit.

Et pour le cas où on jugerait le système électoral actuel irréformable, il faudra bien le remplacer. Ainsi, on pourrait — il s'agit ici d'une hypothèse aux fins de discussion — confier le choix des commissaires à des collèges électoraux composés de citoyens issus des communautés locales et qui, à divers titres, ont tous un intérêt dans l'éducation. Ce pourraient être les membres usagers des conseils d'établissement, des centres de formation des adultes et des centres de formation professionnelle, les élus municipaux ou encore les administrateurs d'autres établissements publics comme les cégeps et les CLSC.

Si, en amont, toutes ces personnes réunies en collège devaient élire les commissaires d'école, il se pourrait bien qu'en aval, on assiste alors à une nouvelle et féconde symbiose dans l'action entre tous ces corps publics en vue d'enrichir ce bien commun qu'est l'éducation. On aurait certainement fait un gain démocratique.