Une disparition inéluctable

Le Québec réel est un Québec qui s'est toujours défini par sa survie, à un point tel qu'il a toujours refusé de considérer l'hypothèse de sa disparition, pourtant inéluctable. Tout est une question de démographie, nous sommes obsédés par les nombres et les pourcentages. Durant notre enfance, on nous a raconté que les Québécois qui émigrent hors du Québec, comme en Nouvelle-Angleterre ou dans d'autres provinces canadiennes, perdent leur langue au bout d'une génération.

La réalité revient nous hanter lorsque les chiffres démontrent que l'île de Montréal est non francophone à 51 %, mais on se dépêche d'ajouter qu'on a oublié de comptabiliser la banlieue. La lente érosion de notre poids démographique est mise en évidence par le réajustement récent du nombre de sièges au Parlement fédéral. Nous devons notre survie à la création d'une bulle, sorte de ghetto culturel en terre d'Amérique. Lord Durham avait en partie raison: nous sommes un peuple sans histoire; c'est pourquoi nous avons voulu nous en créer une avec le mouvement souverainiste. Mais il a eu tort pour la culture, comme en témoigne notre incroyable créativité, sorte de sous-produit des efforts que nous avons consacrés à notre survie.

Le Québec imaginaire, Québec du futur,

est un Québec qui devra affronter sa lente

disparition du continent américain, sa métropole devenue majoritairement multiethnique, comme toutes les grandes villes de l'Amérique du Nord. Il pourra se consoler par la persistance de certains de ses produits culturels qui vont continuer à témoigner d'une civilisation perdue.

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