La nation formée autour d'un idéal

Personne ne peut vraiment connaître ce qu'est le Québec réel; c'est toujours une affaire de perception, qui relève certainement un peu de l'imaginaire. Quoi qu'il en soit, je vous soumets ma réponse.

Ainsi, le Québec réel est une province canadienne qui se distingue des autres principalement par ces éléments:

1. l'absence de cohésion sociale et son corollaire, l'absence de projet de société. Le Québec réel est formé de quatre grands blocs peu reliés et peu solidaires: les descendants de la Nouvelle-France, les descendants de la couronne britannique, les néo-Québécois de toutes origines et les Premières Nations (nations dans la nation);

2. la reconnaissance d'une nation québécoise dont on ignore ce qu'elle représente et dont les principaux intéressés ont bien du mal à percevoir la réalité;

3. la désorganisation sociale du plus important (en nombre) de ces quatre blocs, qui:

- a effectué une rupture (appelée Révolution tranquille) radicale avec son passé en remplaçant Dieu par la consommation, devenant du même coup très sensible au pouvoir de l'argent (il est maintenant beaucoup plus près de son portefeuille que de son coeur);

- est profondément divisé en ce qui a trait à la meilleure façon de se perpétuer dans le temps. En effet, une proportion significative de ce groupe prône depuis plus de 30 ans la création du premier État-nation francophone d'Amérique. Les autres prônent soit la survivance comme minorité dans un pays majoritairement anglophone mais de plus en plus multiethnique, soit l'assimilation à l'ensemble canadien, comme une minorité parmi d'autres;

- est dans un état dépressif (au sens global, car ce groupe n'est pas monolithique) depuis 1995, année où ce bloc a constaté que même en votant majoritairement pour la souveraineté, il ne pourrait pas réaliser ce projet de société. Depuis ce temps, ne pouvant pas s'en prendre aux autres blocs qui, sur cette question, ont une position tout à fait légitime, je crois que le bloc des descendants de la Nouvelle-France est condamné à tourner en rond et, avec lui, toute la province et la nation québécoises, s'il en est une.

Par ailleurs, comme dans les autres provinces, le Québec constitue une population hautement manipulée par de grands médias, eux-mêmes contrôlés par de puissants intérêts socioéconomiques et politiques.

Pour rêver en couleurs

Je crois aux petites nations formées de citoyens solidaires dans la poursuite d'un idéal commun, d'un projet de société; je crois aux nations ouvertes sur le monde, inventives et surtout fières. Je souhaiterais que la majorité francophone du Québec réussisse à entraîner les trois autres blocs (et tout autre bloc que j'aurais pu oublier) dans le projet de créer un État francophone avec une vision davantage socialiste et de gauche, dont le projet de société ne repose pas sur l'enrichissement extrême (sans dénigrer une telle richesse) d'un petit nombre de gens mais plutôt sur la réduction de la pauvreté et des inégalités, une société soucieuse de développement durable et, de ce fait, un leader mondial de la protection de son environnement naturel.

Je souhaite que le Québec cesse de manifester le syndrome du voisin et ait suffisamment de maturité pour mener sa barque de façon originale, en ne visant plus à surpasser ses voisins en matière de richesse par habitant mais plutôt en matière de qualité de vie, ce qui ne se limite pas au salaire moyen ou à la somme de produits consommés dans une année. Je rêve de citoyens qui se foutront totalement de se faire dire qu'ils sont moins riches que le voisin et qui se préoccuperont plutôt de l'écart grandissant entre les riches et les pauvres, de la nécessaire intervention gouvernementale pour redistribuer la richesse et protéger les démunis, de l'augmentation des budgets pour l'armée et les forces policières. Je rêve de citoyens qui refuseront d'aller travailler ailleurs pour y être mieux payés (et qui ne seront plus avant tout solidaires de leur porte-monnaie). Je rêve de citoyens qui consommeront moins, de préférence des produits locaux, parfois même en acceptant de payer plus cher (le transport pollue, et quand ton voisin crève, ton environnement social se détériore), de citoyens qui cesseront de penser qu'ils sont bien informés et se rendront plutôt compte qu'ils se font laver le cerveau... Bref, je rêve en couleur, je rêve d'un Québec idéaliste, et c'est ça, mon Québec imaginaire! En fait, ou bien la nation québécoise sera formée autour d'un idéal, ou bien elle ne sera pas.

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