Libre opinion: Services aux élèves en difficulté ou handicapés: un débat public s'impose à la CSDM

Les services éducatifs adaptés aux élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA) dans le réseau scolaire posent des problèmes majeurs qui perdurent depuis plusieurs années. Que ce soit dans les écoles spéciales qui leur sont réservées ou dans les écoles ordinaires où on les intègre, ces élèves ne bénéficient pas de tous les services dont ils ont besoin.

À la Commission scolaire de Montréal (CSDM), qui compte quelque 80 000 élèves du primaire et du secondaire, entre 13 000 et 14 000 élèves sont signalés chaque année dans le but d'obtenir les services qui leur sont nécessaires pour pallier leurs difficultés. Ceci suppose un meilleur financement mais aussi une harmonisation des services quand ces élèves sont intégrés en classe ordinaire. Actuellement, on évalue entre 3000 et 4000 le nombre d'élèves en difficulté qui sont privés de services éducatifs en raison de mesures de contingentement.

La Loi sur l'instruction publique (LIP) prévoit que chaque commission scolaire doit élaborer et appliquer sa politique relative à l'organisation des services éducatifs offerts aux élèves handicapés ou en difficulté. Or la politique actuelle de la CSDM a été adoptée en 1998 par le Conseil des commissaires provisoire au moment de la reconfiguration des territoires des commissions scolaires. Depuis son adoption, la situation a considérablement changé. La LIP a été amendée, le ministère de l'Éducation du Québec (MEQ) a mis en branle sa politique nationale d'adaptation scolaire, un nouveau système de codification des élèves handicapés ou en difficulté a été instauré, les règles de financement et de formation des groupes ont été modifiées et la liste des élèves en difficulté en attente de services s'est sans cesse allongée, sans compter que la région montréalaise vit une situation particulièrement difficile en matière d'éducation en raison de problèmes multiples.

La CSDM a donc entrepris de réviser sa politique d'ici la fin de l'année scolaire afin que celle-ci puisse être adoptée en juin 2003 et appliquée en 2003-04. Tout comme la plupart des intervenants et des organisations qui se préoccupent de la qualité des services éducatifs offerts aux élèves HDAA, nous croyons que la révision de la politique de la CSDM est nécessaire et doit se faire de façon transparente sur la place publique pour s'assurer que l'on tienne compte de tous les intérêts en cause.

Nous pensons que la révision entreprise par la CSDM doit être l'occasion de revoir en profondeur ses objectifs afin que la politique s'ajuste aux réalités complexes qu'elle rencontre. Les élèves ont besoin de soutien. Cela passe par la levée des contraintes administratives, des modifications dans les pratiques, des changements d'attitude, la collaboration avec les parents et la concertation entre tous les partenaires impliqués, sans oublier les services de garde en milieu scolaire. C'est pourquoi nous avons appuyé la proposition soumise au conseil des commissaires du 4 décembre de tenir des audiences publiques réunissant tous les intervenants scolaires, des partenaires externes, des associations de parents d'élèves handicapés ou en difficulté et des organismes du milieu de la santé et des services sociaux.

Malheureusement, cette proposition n'a pas rallié le nombre de votes requis au sein du conseil des commissaires. On devra donc se contenter d'un projet de consultation limité aux organismes qui auront été invités, par un comité restreint de trois commissaires, à présenter un mémoire sans pouvoir défendre leur position publiquement.

Bien que cette approche ait le mérite d'élargir la consultation à des groupes externes qui n'étaient pas visés dans le projet initial de consultation interne, elle n'est pas, selon nous, respectueuse des contraintes qu'éprouvent la plupart des organisations d'aide et des parents d'enfants handicapés ou en difficulté pour lesquels la rédaction d'un mémoire s'ajouterait au fardeau quotidien qu'ils assument auprès d'enfants qui requièrent déjà toutes leurs énergies.

Nous continuons de croire que seules des audiences publiques permettraient de débattre ouvertement de ces enjeux sociaux afin de dégager des consensus entre les citoyens et les intervenants qui souhaitent que l'école puisse offrir à tous les enfants de meilleurs services éducatifs et un meilleur encadrement pédagogique et social.

Charles Allen, Association professionnelle

du personnel administratif de la CSDM; Danielle Belisle, parent d'une élève de l'école Victor-Doré; Djamila Benabdelkader, Bureau régional de Montréal, OPHQ; Marc-André Burelle, EX-EAQUO; Jocelyne Cyr,

parent-commissaire; Thérèse Colin, Comité régional des associations pour la déficience intellectuelle (CRADI); Alain Marois, Alliance des professeures et professeurs

de Montréal; Sophie Massy, Table

de concertation sur les services éducatifs

de la région de Montréal; Micheline Stjagow Lapointe, parent d'un élève de l'école

Joseph-Charbonneau; Diane Morrissette, parent d'un élève de l'école

Joseph-Charbonneau; Mathieu Noël, Regroupement des organismes de promotion du Montréal métropolitain (ROPMM); Gaëlle Trébaol, parent d'un élève de l'école Victor-Doré; Renée Veillette, Regroupement pour la trisomie 21