Lettres: Il y a 13 ans, Polytechnique

Depuis cette abominable horreur du 6 décembre 1989, chaque 6 décembre est désormais, pour nous, jour du souvenir. Nous nous souvenons des 14 jeunes victimes de cette atrocité dirigée contre elles parce qu'elles étaient des femmes... Tout s'arrête, les images nous reviennent et, avec elles, la tristesse, la colère et la force de poursuivre notre lutte pour qu'advienne enfin un monde exempt de violence.

Pourtant, dès le lendemain, nous reprenons toutes et tous le cours de nos vies débordantes, pris par d'autres urgences, de sorte que nous n'entendons pas toujours les cris de détresse autour de nous. Car les cris n'ont pas cessé depuis 1989 et, à doses moins spectaculaires, la tuerie se poursuit toujours.

Loin de se résorber, le phénomène de la violence semble en pleine expansion.
- Le nombre de victimes de violence conjugale signalées au Québec a augmenté de 19 % de 1997 à 2000.
- Statistique Canada révèle que 51 % des Canadiennes sont victimes d'un geste de violence grave au moins une fois dans leur vie.
- Selon le ministère de la Sécurité publique du Québec, 300 femmes subissent des actes de violence sexuelle chaque jour.
- Les homicides entre conjoints ont augmenté en 200: 86 en 2001, comparativement à 68 en 2002.
- 69 hommes ont été accusés d'avoir tué leur conjointe ou leur ex-conjointe en 2001 (Statistique Canada, 2001, Le Devoir, 26 septembre 2001).

En l'an 2000, au Québec, sous l'instigation de la Fédération des femmes du Québec, 40 000 personnes sont descendues dans la rue pour dénoncer la pauvreté et la violence exercée contre les femmes dans le cadre de la Marche mondiale des femmes. Nous avons exigé et continuons d'exiger du gouvernement du Québec qu'il investisse 25 millions de dollars dans une vaste campagne de sensibilisation et d'éducation populaire sur dix ans pour éliminer la violence envers les femmes.

Nous nous sommes inspirées des résultats spectaculaires obtenus en quelques années seulement grâce à la campagne gouvernementale contre l'alcool au volant. Pourquoi ne pas adopter la même démarche en ce qui concerne la violence? Nous croyons que pour éliminer la violence, il faut que chaque citoyenne et chaque citoyen se sente interpellé s'il est témoin d'un acte de violence! Il faut que les femmes qui subissent de la violence sortent du silence! Il faut des ressources pour inciter les hommes qui craignent de devenir violents à demander de l'aide! Il faut que les intervenants sociaux soient mieux informés! Il faut éduquer les enfants à la non-violence! Il faut...

En ce 6 décembre 2002, la Fédération des femmes du Québec s'associe aux cérémonies similaires qui auront lieu en région et ailleurs au Canada et dans le monde.