Lettres: La valse du bulletin

Je rentre chez moi après une réunion dans la classe de ma fille de cinquième année. Son professeur et la directrice de son école ont toutes deux insisté pour dire qu'elles n'avaient rien à dire au sujet des nouveaux bulletins chiffrés. Les directives des autorités ministérielles se font attendre, semble-t-il. Il paraît que l'exercice est complexe et il faut être patient.

Revenir au bulletin chiffré est compliqué parce qu'il faut convertir en chiffres l'évaluation par lettres. Les instructions tardent à venir, car le problème est plus informatique que pédagogique. Il faut mettre au point le logiciel capable de gérer le mode d'évaluation par compétence en notes et moyennes.

Je crains que ce honteux retard ne débouche sur une réforme cosmétique du bulletin. L'évaluation se fera comme l'an dernier, mais l'ordinateur ministériel présentera le tout sous forme mathématique. Je crains que la confusion exprimée par les parents ne demeure.

Dans son Institution oratoire, Quintilien a écrit: «Si plusieurs élèves sont ensemble en classe, il y a de l'émulation, de la compétition, et souvent cela stimule à l'étude plus que l'exhortation des maîtres et les prières des parents». Émulation et compétition ne semblent pas avoir la cote dans nos milieux scolaires. Elles sont souvent perçues non pas comme des stimulants mais bien comme des entraves à la «bonne éducation».

Cette mentalité ou cette opinion provient de la conviction profonde que les hommes sont égaux en dignité, en droits mais aussi en talents. Alors, les bulletins ne doivent pas témoigner des différences individuelles, ils doivent plutôt rendre compte de l'effort du groupe. Les notes sont attribuées en fonction des multiples circonstances entourant l'apprentissage et non en fonction des résultats aux examens. Je pense qu'un des défis urgents que nous devrons relever consiste sûrement à questionner les fondements de nos approches pédagogiques. L'émulation repose sur l'idée qu'il faut imiter meilleur que soi pour espérer l'égaler, peut-être même le dépasser, mais certainement pour mesurer les limites de nos capacités réelles.

C'est peut-être cela que les parents veulent. C'est peut-être cela qu'ils réclament. C'est cela qu'ils sont en droit de recevoir.

En terminant cette missive, je formule un souhait. Pour les réformes de bulletins à venir et toutes leurs contre-réformes, je dis: Non multa, sed multum. C'est-à-dire: pas trop de choses, mais profondément. Nos élèves s'en porteront bien mieux et les maîtres «itou».

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