Lettres: Le vrai perdant: chaque citoyen

Le grand perdant, écrivait Simon Lauzon dans l'édition du Devoir du 15 novembre dernier à propos du taux unique d'imposition de l'ADQ, serait «l'État interventionniste et dirigiste, qui doit maintenant faire confiance à l'initiative, au dynamisme et à la responsabilité de ses citoyens pour poursuivre son développement économique et social».

Je crois plutôt que c'est la capacité même de notre État d'assurer avec un minimum d'efficacité la réalisation de ses grandes missions (santé, services sociaux, éducation, sécurité, etc.) qui serait mise à mal. Par voie de conséquence, c'est l'ensemble des citoyens qui, à terme, risque d'en subir les effets. En effet, qu'est-ce que l'État, si ce n'est la traduction institutionnelle du vouloir-vivre collectif d'une communauté? Et dès lors que nous diminuons sa capacité d'agir, nous hypothéquons d'autant notre volonté de maintenir et de poursuivre le développement d'une société originale, dynamique et solidaire dans ce coin de l'Amérique du Nord.

Les quelques dollars attendus par tête de pipe de la baisse des impôts à la sauce adéquiste — si tant est qu'elle soit réaliste — valent-ils vraiment ce risque? Voilà une proposition à très courte vue dont il faudra se méfier: en effet, avant d'être des contribuables, ne sommes-nous pas des citoyens?

Des citoyens qui, par définition, expriment leur volonté de vivre ensemble en acceptant d'en partager non seulement les avantages mais aussi les coûts? Et non en privilégiant la loi du «chacun pour soi», comme nous y invite cette proposition (et bien d'autres de la même eau) du programme adéquiste?