Des professeurs de l'UQAM défendent leur établissement - Une université dans la ville, de la ville et pour la ville

Quand un navire essuie une tempête et risque de sombrer, tous les bateaux proches et les marines nationales lui portent secours, sans se demander si le possible naufrage est dû à une faute du capitaine ou à une maladie des marins. Il en va de même pour le secours inconditionnel des pompiers en cas d'incendie.

Marins et pompiers sont ici paradigmatiques, et on peut s'interroger sur ce qui pousse les uns et les autres à enfoncer à coeur joie une vivace institution quadragénaire. Eh bien non! Le navire UQAM flotte toujours, pavillons au vent, marins en pleine forme, et il ne sombrera pas. Fluctuat nec mergitur.

Fière fille de la Révolution tranquille

1969. Il ne faut jamais oublier que l'Université du Québec à Montréal est née de la Révolution tranquille, seule université dont le nom même la désigne à la fois comme université d'État, université publique et université urbaine, ancrée dans notre ville. C'est dire qu'elle représente encore, en dépit de l'actuel déferlement de l'idéologie néolibérale, un des lieux institutionnels où s'est matérialisée la volonté de construire une société juste, un établissement déterminé à accomplir un idéal commun d'égalité et de solidarité.

Mais voici que les objectifs dont l'UQAM s'est dotée dès sa création, qui orientent son extraordinaire développement depuis maintenant près de 40 ans — l'accessibilité sociale et géographique traduisant la volonté démocratique de ces années lumière, l'autonomie institutionnelle, la liberté académique, la coopération dans la diversité, l'esprit critique —, tous ces objectifs devenus principes dynamiques d'action sont aujourd'hui battus en brèche par le gouvernement libéral.



Qui veut noyer son chien l'accuse d'avoir la rage

Ce gouvernement semble avoir commodément oublié deux choses d'importance: que l'UQAM est sa propre création et que, s'il fallait l'abandonner, il s'abandonnerait lui-même — autrement dit, il dénierait toute substance au concept d'établissement public —, et que le libéralisme, en principe, se distingue du marxisme mécanique réduisant toutes les déterminations à la seule instance économique. Le culturel et le politique ont le pas quand il s'agit d'éducation et non de commerce.

Peut-on lire sans sursauter, si on est minimalement de bonne foi, que la ministre [de l'Éducation, Michelle] Courchesne renvoie l'UQAM à sa mission sociale première? C'est curieusement faire bon marché de toutes les réalisations de notre université, qui attestent non seulement qu'elle ne s'est jamais éloignée de ses propres objectifs mais aussi, tel le sage personnage de la parabole évangélique, qu'elle a fait fructifier ses «talents» au centuple. Disons-le sans ambages: l'UQAM est l'université publique par excellence. Pourquoi? Parce qu'elle donne toute sa signification et toute sa portée à ce qu'on appelle la mission sociale, nous entendons sa mission de formation, de recherche et création et de service public, sous tous les points de vue à partir desquels on la considère.

Visages sociaux de l'UQAM

- L'UQAM, une université pionnière

Elle a réussi à développer, avec le manque chronique de ressources qui est le sien, la plupart du temps aux trois cycles, des programmes innovateurs qui ont fait leur marque féconde, par exemple en sciences dites dures, sciences de l'environnement, ou santé et société, tous champs que les universités plus traditionnelles ne s'aventuraient pas à défricher, voire dédaignaient et qui, maintenant, font école.

Ces programmes ont attiré et attirent de plus en plus d'étudiants d'un peu partout et leur renommée dépasse nos frontières. La recherche, par exemple en oncologie moléculaire, pointue, utile, stimule l'attrait des jeunes pour les sciences pendant que l'excellence de la formation nous promet une relève de qualité. L'expertise, la rigueur, la compétence sont récompensées, comme en atteste l'augmentation actuelle, à tous les cycles, des effectifs étudiants. Avec ses 50 000 étudiants, ses 170 000 diplômés, l'UQAM n'est-elle pas une université avec laquelle on compte, sur laquelle on compte, si on veut parler en termes de progrès et d'utilité sociétale?

- L'UQAM, université contemporaine

Dès ses débuts, notre université a su ouvrir les disciplines les plus traditionnelles aux courants contemporains, aux débats actuels, aux problématiques complexes, répondant ainsi aux mutations sociales et aux défis les plus difficiles. Un souffle ample, original, anime l'enseignement, semestre après semestre, dans les nombreuses disciplines abordées dans nos murs, de manière irremplaçable. Le Québec pourrait-il se passer d'une telle contribution?

- L'UQAM, fer de lance économique et culturel

Le rôle essentiel de l'UQAM dans la prise en main du destin économique des francophones se révèle au fil des succès remportés par son école des sciences de la gestion alors que son école de design alimente la plupart des «boîtes» renommées de Montréal. Moteur économique puissant à l'échelle de la métropole dans laquelle elle s'ancre, notre université tient son rôle dans l'essor économique des Québécois. Serait-il si négligeable qu'on puisse l'occulter sans autre forme de procès?

Et encore, la culture et les médias d'ici seraient-ils aujourd'hui ce qu'ils sont, manifesteraient-ils la même créativité, la même exubérance, sans l'apport des diplômés de notre faculté des arts et de notre faculté de communication, qui contribuent à modeler l'identité symbolique du Québec et du Grand Montréal?

- L'UQAM, première de classe

Se situant aux premiers rangs des universités canadiennes pour la recherche, les bourses, les contributions en sciences humaines et sociales, notre université ne se distingue-t-elle pas par son audace intellectuelle, son rayonnement scientifique? Et aussi par sa capacité à attaquer de front les grands problèmes sociaux comme la pauvreté ou le suicide des jeunes?

Rappelons aussi ces chiffres éloquents: sait-on qu'en éducation, l'UQAM forme 30 % des enseignants du Québec et près de 70 % de ceux de Montréal?

- L'UQAM, université internationale

L'UQAM porte haut, loin et fort le flambeau de Thémis à tous les coins de la planète. Ses juristes et ses politologues de la faculté de science politique et de droit qui apparaissent sur nos écrans chaque fois que nous sommes secoués par des crises, ses diplômés, ne sont-ils pas engagés, avec générosité, avec liberté, dans la défense et la promotion des droits de la population? Ses analystes politiques ne rendent-ils pas accessible à une grande partie de la population la compréhension des enjeux mondiaux?

- L'UQAM, université accueillante

Vivante, souriante, conviviale, multiculturelle, notre université, en dépit de sa situation incertaine, des difficultés financières, de son budget notoirement insuffisant, réussit — sans doute est-elle un peu magicienne? — à persévérer dans sa mission. Elle continue à oeuvrer de son mieux, de manière responsable, lucide, inventive, révolutionnaire, ordonnée, au développement des nouvelles donnes scientifiques, sociales, intellectuelles, sous la promesse toujours renouvelée du plus grand bonheur pour le plus grand nombre.

- L'UQAM, une réalité pérenne

Il serait inimaginable que l'UQAM, telle qu'elle vit et telle qu'elle se développe, disparaisse du paysage montréalais. Ou, pis encore, qu'elle perde son âme, c'est-à-dire qu'elle cesse de se préoccuper du bien commun, du bien public. Elle perdrait son caractère spécifique qui confère unité et cohérence à ses multiples visages, qui lui donne sa fraîcheur et sa vigueur.

Aussi, uqamiennes, uqamiens, nous nous déclarons intraitables. Nous nous mobiliserons toujours pour préserver l'intégrité de notre université, pour contribuer à son rayonnement, bref, pour lui garder sa place vibrante indissolublement liée à l'histoire du Québec et de son peuple.

Vivat, crescat, floreat!
***
Ont signé cette lettre d'appui à l'UQAM les professeurs suivants: Jacques Beauchemin, Martine Beaulne, Paul Bélanger, Diane Berthelette, Josiane Boulad-Ayoub, Antoine Char, Jean-François Chassay, Marc H. Choko, Teodor Gabriel Crainic, Charles-Philippe David, Martine Époque, Alain G. Gagnon, Louise Gaudreau, Yves Gingras, Laurier Lacroix, Jean-Paul Lafrance, Simone Landry, Peter Leuprecht, Jacques Lévesque, Marc-Michel Lucotte, Danielle Maisonneuve, Frédéric Metz, Claude Pichet, Monique Régimbald-Zeiber, Paul Tana, Yves Théorêt, Larry Tremblay.

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