Lettres: Hommage à Émile Ollivier

Près de 40 ans de vie au Québec, l'enseignement constamment joint à la gymnastique de l'écriture, un passionné de la vie. Sociologue, docteur et professeur agrégé titulaire spécialisé en éducation, militant de la formation et de l'alphabétisation de celles et ceux qui sont les témoins au service des professeurs des adultes, Émile Ollivier rayonne grâce à sa personnalité et à son souffle patient, déterminé, compétent et perspicace. Il est difficile de parler de lui au passé.

Le disque, le théâtre de la vie, l'engagement social, la recherche et les publications universitaires, des conférences sur tous les continents, des honneurs aussi. Tous mérités. Mais encore et toujours, Émile Ollivier invente un style de vie, celui d'un exilé, observateur mieux équipé que les résidants car lui, le nomade de l'intelligence, apparaît aux non-initiés comme un sédentaire tranquille. Émile Ollivier est un révolté serein. Je le crois jeune et combattant au long cours. Chantre de la liberté. Les romans les plus importants sont des jalons sur sa route d'écrivain: Paysage de l'aveugle (1977), Mère solitude (Albin Michel, Paris, 1983), La Discorde aux cent voix (Albin Michel, Paris, 1986), qui remporte le premier prix du Journal de Montréal en 1987, Passages (Hexagone, Montréal, 1991), qui lui vaut le prestigieux Grand Prix littéraire de la Ville de Montréal, Les Urnes scellées (Albin Michel, Paris, 1995), Mille eaux (Gallimard, Paris, 1999), Regarde, regarde les lions (Albin Michel, Paris, 2001).

Président de l'Institut canadien d'éducation des adultes (ICEA), membre de la Commission canadienne de l'UNESCO, chevalier de l'Ordre national du Québec, porte-parole national de la semaine sur la citoyenneté, membre du Conseil de la langue française, membre du Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal, Prix Carbet de la Caraïbe, membre de l'Académie des lettres du Québec, chevalier de l'Ordre des arts et des lettres de la République française, invité au Salon du livre de Paris. De nombreux autres titres aussi. Écoutez: «[...] car la vie est un royaume d'ombres et le temps nous hante. Ne regardez pas les personnages, ils ne font que passer sur la scène mais leurs gestes sont éternels. Ne vous interrogez ni sur l'époque ni sur la durée. Dites-vous seulement qu'un jour, c'est arrivé» (extrait de La Discorde aux cent voix, page 15). Désormais, comme déjà, Émile Ollivier, sage, à son corps défendant, présente une autorité si naturelle qu'elle en devient encore plus imposante. Pourtant, il demeure ce lutteur magnifique aux prises avec la vie qu'il ne cesse d'apprécier et d'aimer.