Lettres: La force de frappe

Ironiquement, ou plutôt curieusement, lorsque l'on fait référence aux fameuses «armes de destruction massive» (lorsque la destruction est massive, elle ne vaut plus la peine d'être mise au pluriel!), on ne se questionne jamais sur la pertinence tactique de telles armes.

On ne pose jamais la vraie question qui, logiquement, devrait suivre cette expression galvaudée: est-ce que oui ou non, ces armes garantissent l'insécurité totale? (ne jamais oublier le total, puisque pour les Américains, l'Apocalypse n'est jamais bien loin lorsque se présente une menace!)

Donc, voilà, je propose d'y réfléchir quelques instants. C'est fait, alors exposons quelques exemples. Est-ce que les amis de Oussama (si c'est bien lui le coupable) ont attendu d'avoir la bombe atomique pour flanquer la frousse à Junior? Pas vraiment. Est-ce que les Palestiniens attendent, pour se faire sauter, d'avoir le fessier bien au chaud sur un noyau de plutonium enrichi? Non plus. Est-ce que Moscou doit ses récents succès médiatiques et sa hausse de popularité mondaine à l'utilisation d'une bombe H contre les rebelles tchétchènes? Encore une fois non. Est-ce que l'IRA, les FARC, les Tigres tamouls, le Hamas fondent leur pouvoir, leur détermination à renverser des gouvernements sur un arsenal nucléaire galactique? Mille fois non? Est-ce que la France, les États-Unis, l'Angleterre, l'Italie ou l'Allemagne répliquent à tous les adversaires du libéralisme par la bouche de leurs canons atomiques? Pas assez subtil.

Non, la terreur, la guerre et la subversion n'ont pas besoin d'une si grande force de frappe pour agir efficacement. Un gaz inconnu, une action menée en sous-main ou une livraison opportune de kalachnikovs sont beaucoup plus tangible et efficace qu'une transaction fumeuse avec un revendeur («scalpper») de bombe A. Voilà!

Une dernière petite chose. Si armes de destruction massive il y a, les Américains devraient les détecter, après tout, ils sont toujours les seuls à les avoir testées sur des populations civiles!