Rapport annuel 2001 - Le Devoir, référence incontournable

Les lecteurs sont le premier capital d'un journal. Si cela est vrai pour toutes les entreprises de presse, il faut toutefois souligner la singularité de la relation que Le Devoir et ses lecteurs entretiennent. Voudrait-on l'oublier que des événements comme les attentats survenus à New York et à Washington le 11 septembre dernier viennent nous rappeler l'importance et la force de ces liens.

La crise déclenchée par ces attentats a été pour nous, au Devoir, une occasion de dépassement sur le plan professionnel. Tout au long des semaines qui ont suivi, nous avons tenté de répondre au vif désir de comprendre que tous ressentaient. Les réponses que nous pouvions proposer à travers nos reportages, nos analyses et nos commentaires auraient été bien incomplets sans les réactions des lecteurs qui, à leur tour, ont fait partager à leur journal, avec une intensité rarement observée, leurs points de vue, que ce soit à titre de simples citoyens ou en tant que spécialistes de la politique internationale.


Plus qu'un simple rendez-vous avec l'actualité quotidienne, Le Devoir est un lieu de rencontres, de débats et d'échanges qui appartient tout autant à ses lecteurs qu'à ses artisans. L'outil de réflexion qu'il est s'est révélé plus essentiel que jamais lors des moments dramatiques que nous avons vécus à l'automne dernier. Les lecteurs ont été nombreux à nous le dire. La richesse du Devoir est alors apparue bien plus grande que ce que peuvent montrer les résultats financiers de notre entreprise qui, malgré cela, demeure toujours fragile.





Les résultats financiers


Tout compte fait, l'exercice financier 2001, engagé sur des perspectives économiques plutôt sombres, s'est conclu sur une note que nous estimons positive. Si nous terminons l'année avec une perte, celle-ci a en effet pu être limitée à un montant de 19 325 $ avant intérêts et amortissements. La pression exercée sur nos revenus par le ralentissement économique observé tout au long de l'année a été d'autant plus forte qu'il a fallu assumer notre part des effets des événements du 11 septembre. Ce sont les efforts déployés par tous les services de l'entreprise qui nous ont permis de limiter les pertes tout en préservant, et cela est important, la qualité du journal que nous proposons chaque jour à nos lecteurs.


Nos revenus pour l'année auront été de 14 132 025 $, en légère baisse par rapport à 2000, et nos dépenses, de 14 151 350 $, soit, à quelques dollars près, le même montant que l'année précédente. Lorsque l'on tient compte des intérêts et des amortissements, la perte enregistrée est de 197 168 $.


Le premier semestre 2001 s'est révélé particulièrement difficile. Comme pour l'ensemble de la presse quotidienne au Canada, nos revenus publicitaires ont été affectés par la diminution générale des budgets de publicité des entreprises et des gouvernements. Le deuxième semestre, et tout particulièrement les mois de septembre, octobre et novembre, a toutefois été positif grâce au travail de l'équipe du service de la publicité, qui a atteint et même dépassé, au cours de cette période, les objectifs qui lui avaient été fixés. Si bien que pour l'ensemble de l'année, nos revenus ont connu une progression de 3,2 %.


Au chapitre des revenus de tirage, nous avons par contre enregistré une baisse de 2,9 % comparativement à l'an 2000. Cette diminution s'explique par une légère contraction de notre diffusion en semaine, résultat à la fois de changements dans les habitudes de lecture et d'une vive concurrence sur le marché de la presse quotidienne à Montréal.


Le Devoir tire par ailleurs des revenus, peu significatifs mais néanmoins croissants, des redevances de droits et de la publicité sur son site Internet. Au total, les revenus de sources autres que le tirage et la publicité destinée au journal représentent maintenant tout près de 2 % de l'ensemble de nos revenus. On peut se réjouir de voir les redevances versées à titre de droits d'auteur augmenter d'année en année, et cela, grâce au travail de nos partenaires que sont Copibec et Cedrom-SNI. Il faut toutefois déplorer que le respect de la loi sur le droit d'auteur ne fasse pas encore partie de nos moeurs. On constate en effet que nombre d'entreprises, et même des gouvernements, hésitent à verser aux journaux des redevances équitables pour les revues de presse distribuées à plusieurs exemplaires qu'ils font exécuter par des tiers.


La conjoncture économique nous a incités à exercer un contrôle serré des dépenses, surtout que nous avions à composer avec l'effet des hausses du prix du papier, le cycle haussier amorcé en 2000 se poursuivant jusqu'au deuxième trimestre pour atteindre un niveau inégalé. La prudence nous a conduits à reporter certains investissements et à retarder la mise en place d'améliorations au journal qui pouvaient avoir un impact budgétaire important. Néanmoins, nous avons trouvé le moyen de maintenir l'entreprise sur la voie du changement. Ainsi, nous avons procédé à la réinformatisation du service de la publicité et mis en place, à cette occasion, un nouveau système de gestion des ventes plus efficace et plus productif. À l'automne, nous avons par ailleurs réalisé une campagne de publicité diffusée à la radio, à la télévision et en affichage extérieur. Pour ce faire, nous avons pu compter sur la collaboration appréciée de diffuseurs tels Télé-Québec, RDI, TVA et Astral.


Dans un contexte budgétaire serré, l'imagination et le dynamisme pallient souvent le manque de ressources financières. Grâce à l'énergie déployée par l'ensemble des employés du Devoir, nous avons pu, au cours de 2001, améliorer notre journal autant dans sa version électronique que dans sa version papier. En mai 2001, nous avons ainsi lancé, avec la collaboration de la firme CGI, la version no 3 de notre site Internet, projet que nous avions amorcé en 2000. À l'automne, les efforts ont porté sur le journal lui-même. Nous avons alors entrepris de remodeler notre édition du samedi. En septembre, nous avons lancé le cahier Perspectives. Les grands dossiers, les analyses et les chroniques sur l'actualité que l'on y trouve apportent plus de profondeur au journal, qui joue ainsi mieux son rôle de journal de référence. Par ailleurs, le cahier Samedi, lancé en octobre, est venu répondre aux besoins de nos lecteurs à la recherche d'informations sur les services et de chroniques sur le thème de l'art de vivre. Des changements ont également été apportés à nos cahiers culturels du week-end pour mieux rendre compte de l'actualité de ce secteur.


Le rôle premier du Devoir est d'informer ses lecteurs en leur proposant de l'information approfondie et crédible. Les changements que nous avons apportés au journal auraient été beaucoup moins significatifs s'ils ne s'avaient pas été appuyés sur le travail d'une équipe de journalistes exceptionnelle. Le mot «équipe» prend d'ailleurs tout son sens lorsqu'on l'applique à notre salle de rédaction, où l'interaction se conjugue au quotidien. Les bouleversements survenus dans l'industrie des quotidiens en 2001 ont été l'occasion pour nous de renouveler cette équipe. Nous avons pu recruter de jeunes journalistes et de plus expérimentés, tel Michel David, qui signe désormais trois fois par semaine une chronique politique qui fait autorité. Sous la direction du nouveau directeur de l'information, Michel Venne, nos lecteurs ont été à même de mesurer la force et le dynamisme de cette équipe tout au long de l'automne alors que se déroulait la crise déclenchée par les événements du 11 septembre.





Le Devoir et la concentration


Le Devoir est le seul journal quotidien au Québec qui n'appartienne pas à un grand conglomérat. Nous avons fait de cette particularité le thème de notre campagne de publicité, l'automne dernier, affirmant haut et fort notre indépendance. Le Devoir propose tous les jours une lecture de l'actualité différente de celle des autres journaux. Cette différence est, croyons-nous, de plus en plus nécessaire alors que le double phénomène de la concentration et de la convergence des médias tend à l'uniformisation des contenus. En mai dernier, à l'occasion de notre assemblée annuelle, nous vous faisions part de notre inquiétude devant l'évolution du paysage médiatique au Québec. Les événements de la dernière année n'ont fait que confirmer nos craintes.


En 2001, Quebecor détenait 46 % de la diffusion de la presse quotidienne francophone au Québec, et Gesca, 51 %, les 3 % restants appartenant au Devoir. Si cela se pouvait encore, la concentration s'est accrue par le jeu des alliances alors que le groupe Gesca, dont le navire amiral est le journal La Presse, concluait un partenariat avec la Société Radio-Canada pour mieux s'opposer au tandem Le Journal de Montréal-TVA. Le pouvoir d'influence de ces deux groupes sur l'opinion publique est immense. Il y a un réel danger que la diversité des sources d'opinion ne soit affectée. Il faut constater à cet égard que sur le plan médiatique, le Québec est une société distincte au Canada puisque, dans les autres provinces, la concentration de la presse, au lieu de s'accroître, s'est atténuée.


Les audiences de la commission parlementaire de la Culture tenues début 2001 pour étudier la concentration de la presse au Québec avaient permis d'attirer l'attention sur certains effets pervers de ce phénomène. Les parlementaires ont unanimement recommandé au gouvernement de mettre sur pied une vigie et de soutenir les médias indépendants pour assurer la diversité des sources d'information et d'opinion. Le gouvernement québécois tarde toutefois à donner suite à ces recommandations. Cette attitude contraste avec celle du gouvernement fédéral qui, de son côté, a mis en place voilà deux ans un programme triennal de 150 millions pour soutenir les magazines canadiens, dont les premiers à en profiter, au Québec, ont été les deux grands éditeurs de magazines, Quebecor et Transcontinental Média, qui ont reçu chacun 1,5 million en 2001!


L'industrie des médias s'est transformée de telle façon au cours de la dernière décennie que les gouvernements ne peuvent plus se désintéresser de son évolution. Au nom même du bon fonctionnement de notre système démocratique, dont les médias sont un élément important, ils doivent assurer le maintien d'une saine diversité des sources d'information. Ils doivent assumer leurs responsabilités en respectant, bien sûr, la distance qui s'impose, mais ils doivent le faire.





L'appui des lecteurs


Au cours de son histoire, Le Devoir a toujours pu se maintenir et se développer grâce à l'appui de ses lecteurs, appui qui s'est manifesté de multiples façons. Pour nous, l'appui le plus important vient de l'achat quotidien du journal. C'est cet appui qui nous permettra d'assurer son indépendance et sa pérennité.


Les projets de développement ne manquent pas au Devoir. Au cours de l'an 2002, nous souhaitons en mettre quelques-uns en oeuvre. Ainsi, au moment où se tiendra notre assemblée des actionnaires, nous lancerons la version 4.0 de notre site Internet (en ligne à compter de ce matin). Nous sommes convaincus qu'une partie importante de l'avenir du Devoir se réalisera sur Internet. La version papier du Devoir, comme celle des autres quotidiens, n'est pas près de disparaître, mais il faut se rendre compte que sous la poussée d'Internet, un déplacement s'effectue auquel il ne sert à rien de résister. Tout au contraire, nous entendons nous appuyer sur la souplesse que nous offre ce nouveau médium pour nous en servir comme d'un levier afin d'élargir notre audience et la communauté de nos abonnés. Nous entendons par ailleurs apporter, au cours de l'automne prochain, d'autres améliorations à la version papier du journal afin que celle-ci réponde encore mieux aux attentes des lecteurs.








Nous avons souligné au début de ce rapport que les lecteurs sont le premier capital du journal. N'oublions pas ses artisans, ses journalistes et les employés de tous les services, dont l'engagement envers leur journal est incomparable. Ils en sont l'âme. Il y a aussi tous ceux qui, de l'extérieur, nous apportent leur concours bénévole en siégeant au conseil d'administration ou encore en partageant leur expertise avec nous.


On me permettra, en conclusion de ce rapport, de remercier publiquement quelques-uns de ces amis du Devoir. Tout d'abord André Delisle qui, après avoir occupé pendant deux ans et demi la présidence du conseil, a dû s'en retirer à l'automne en raison de ses activités professionnelles. L'appui constant qu'il nous a apporté a été vivement apprécié. Merci aussi à Yves Duhaime d'avoir accepté avec générosité de prendre la relève de M. Delisle à la présidence. Soulignons également la contribution de Roger Boisvert à la Fondation du Devoir ainsi que celle de Farès Khoury, qui a mis à la disposition de l'entreprise sa vaste expertise économique et financière.


La direction du journal serait une entreprise impossible si on ne pouvait s'appuyer sur des collaborateurs qui acceptent, sans compter, de mettre talent et énergie à la disposition du Devoir. Parmi ceux-là, mentionnons Jean-Robert Sansfaçon, rédacteur en chef, Michel Venne, directeur de l'information, Marie-Andrée Lamontagne, directrice des pages culturelles, Catherine Laberge, directrice des finances et de l'administration, Nicole Calestagne, directrice de la publicité, Christian Goulet, directeur de la production, et Olivier Lachambre, contrôleur financier. Tous partagent ce qui est presque une obsession chez nous: être au rendez-vous chaque matin avec nos lecteurs.