Lettres: Mon cher Mario,

Je n'ai pas l'habitude des courriers des lecteurs, mais depuis que l'ADQ a pris soudainement tant de place sur l'échiquier politique, je ne peux plus résister à l'envie de vous écrire. Je devrais plutôt vous tutoyer finalement. Après tout, je viens de la circonscription de Rivière-du-Loup, j'ai presque 50 ans et moi aussi, j'ai encore le goût de «faire les choses autrement».

Tu sais Mario, plus le voile se lève sur ton programme, plus je constate que cet «autrement» a des airs de déjà vu et de déjà expérimenté ailleurs, sans grand succès d'ailleurs. Je ne connaissais pas ton programme jusqu'à il y a quelques mois.

Comme la majorité de mes concitoyens, ça ne m'avait jamais vraiment intéressé. L'ADQ? Un tiers parti qui permettait à son chef de continuer à se faire élire.

Et voilà que soudain, tu es à l'avant-scène et que nos voisins de l'Ouest te présentent déjà comme le nouveau premier ministre. C'est peut-être cette fois-là finalement que je me suis décidé à faire quelque chose. Cette fois-là et aussi quand j'ai senti que plusieurs Québécois étaient en train de se faire berner, encore une fois, par les apparences, par l'image et par le simple goût du changement à tout prix. Finalement, je constate que plus le voile se lève, plus on revient les deux pieds sur terre, comme au lendemain d'une soirée trop arrosée. Car ton programme Mario, il emprunte à beaucoup de vieilles idées néo-libérales dont Harris, Thatcher, Reagan et compagnie se sont fait les porte-parole au cours des années 80 et 90.

Il n'y a rien de nouveau dans ce que tu avances, Mario. C'est un programme qui me semble bâti sur l'ignorance des acquis sociaux des dernières décennies sur un manque d'analyse sérieuse et qui m'apparaît surtout porteur d'instabilité sociale si plusieurs des mesures prônées étaient malheureusement mises en application. Je pense au taux unique d'imposition, aux «tickets» de toutes sortes et à l'abolition de la sécurité d'emploi dans la fonction publique. Comment pouvez-vous faire fi de ce qui fait encore la spécificité du Québec dans un courant mondial que tire dans l'autre sens. Je ne dis pas que nous avons élaboré un modèle exemplaire au cours des dernières décennies, mais je reconnais que plusieurs politiques adoptées au Québec ont à tout le moins le mérite de proposer des solutions de rechange au bulldozer néo-libéral.

Je vis près de nos voisins ontariens et je constate les différences. Et surtout, je suis fier de cette différence! Votre programme quant à lui, nous ramène en arrière, dans une sorte de moyen-âge politique qui ne m'intéresse pas du tout. Me fondre dans le grand tout? Très peu pour moi!

Je viens de me rendre compte que j'ai recommencé à vous vouvoyer, comme si je réalisais que finalement, vous êtes pas mal plus vieux que moi! Vivement la représentation proportionnelle dans notre système électoral pour que vous ayez la possibilité de débattre de vos idées à l'Assemblée nationale sans que l'on soit obligé de vous élire comme gouvernement!