Libre opinion: La lutte contre le VIH-sida commence dans les écoles au Malawi

«Éviter d'avoir des relations sexuelles», affirme Rebecca Abraham, âgée de 12 ans. «Éviter les garçons», ajoute une de ses copines. «Ne pas partager de lames de rasoir ou de seringues», crie un garçon du fond de la classe.

Il est 10h du matin à l'école primaire Domasi Demonstration de Zomba (Malawi) et Martha Chadzamakono, une institutrice, vient de poser une question à un groupe d'élèves de 10 à 12 ans: «Que faut-il faire pour ne pas contracter le VIH-sida?» Mme Chadzamakono est visiblement satisfaite des explications obtenues. Maintenant que les réponses les plus évidentes ont été données, il ne reste plus dans la classe qu'une seule main levée, celle de Rebecca.

«Éviter les bars et les lieux où l'on vend de l'alcool», affirme énergiquement la jeune élève. Aucune autre explication n'est semble-t-il nécessaire. Ses camarades de classe approuvent d'un air entendu: la consommation d'alcool dans ces lieux risque de mener à des pratiques sexuelles dangereuses.

Dans ce type de cours, organisé deux fois par semaine, les jeunes Malawiens apprennent dès l'âge de huit ans à prendre des décisions, à résoudre des problèmes, à négocier avec leurs camarades et à s'affirmer. La question de Mme Chadzamakono vise à aider les jeunes à acquérir les connaissances, les attitudes et les compétences qui leur permettront de se protéger du VIH-sida. Dans la guerre que le pays livre au VIH-sida, la salle de classe est tout naturellement devenue un champ de bataille privilégié.

En Afrique, continent dévasté par le VIH-sida, le Malawi est l'un des pays les plus durement touchés par l'épidémie. Chaque jour, 267 personnes en moyenne contractent le VIH et 139 personnes meurent de maladies liées au sida. On estime que plus de 300 000 personnes sont mortes de causes liées au sida depuis que le premier cas a été diagnostiqué au Malawi en 1985. Aujourd'hui, environ 9 % des 10,6 millions d'habitants du Malawi seraient séropositifs.

Avec l'appui de l'UNICEF, le ministère de l'Éducation, des Sports et de la Culture du Malawi ainsi que l'Institut de l'éducation du Malawi ont mis au point un programme-pilote d'enseignement des connaissances indispensables à la vie courante qui est actuellement dispensé à environ 2400 élèves, moitié filles, moitié garçons, de 24 écoles primaires. À l'occasion de la stratégie nationale de lutte contre l'épidémie, le plan consiste à élargir ce programme expérimental à toutes les écoles du Malawi.

Sexuellement actifs à 13 ou 14 ans

Comme c'est dans le groupe des 10 à 14 ans que le taux de séropositivité est le plus bas, les cours que donnent Mme Chadzamakono et d'autres enseignants pourraient influencer l'évolution de la maladie. «Ces enfants seront probablement sexuellement actifs à l'âge de 13 ou 14 ans, explique Mme Chadzamakono. À leur âge, nous mettons l'accent sur l'abstinence. Quand ils auront 14 ou 15 ans, nous leurs expliquerons comment avoir des relations sexuelles protégées.» Et elle ajoute: «Leurs parents sont contents de savoir qu'on dit la vérité à leurs enfants sur le VIH-sida.»

Mais les techniques et aptitudes acquises en classe ne se limitent pas à la lutte contre la maladie, aussi urgente soit-elle.

Cet enseignement donne également aux jeunes des bases qui les aident à faire face aux exigences et aux difficultés de la vie quotidienne. Rebecca et ses camarades de classe n'apprennent pas seulement à se protéger du VIH-sida; ils apprennent également à gérer les relations entre les sexes et ils comprennent qu'ils peuvent prendre leur destin en main.

«Bien sûr, ce qu'il faut faire, c'est accroître le pouvoir des femmes pour qu'elles soient indépendantes financièrement et socialement», explique Justin Malewezi, vice-président du Malawi et président du Comité ministériel de lutte contre le VIH-sida.

Après l'école, l'une des corvées dont est chargée Rebecca consiste à aller chercher de l'eau à un puits des environs. Quand elle rentre chez elle, un seau d'eau de 20 litres sur la tête, elle essaie de son mieux de ne pas croiser le regard des garçons du quartier, réunis en bande. «Je choisis toujours les filles les plus jeunes parce qu'elles n'auront pas le VIH», explique Davie, âgé de 18 ans et vivant à environ 300 mètres de chez Rebecca. Si Davie et ses deux copains de 17 ans, Andrew et Anod, ont l'air relativement inoffensifs, ils n'en sont pas moins dangereux pour des filles comme Rebecca. La petite amie actuelle de Davie n'a que 12 ans, l'âge de Rebecca, et il dit avoir avec elle des relations sexuelles environ une fois par semaine. «Je n'utilise jamais de préservatifs parce que je fais confiance à mon amie», explique-t-il le plus naturellement du monde. «Et si je lui fais confiance, elle aussi doit me faire confiance.»

Si Davie n'est pas très bien informé des risques de transmission du VIH, il fait en revanche preuve d'une logique désinvolte en pensant qu'il ne risque pas de contracter le virus puisqu'il y a peu de risques que les filles les plus jeunes soient séropositives. La possibilité qu'il puisse transmettre le virus à sa partenaire ne semble pas lui venir à l'esprit.

Grâce aux cours qu'elle suit, Rebecca est plus lucide. «Je n'ai pas peur de contracter le sida, parce qu'on nous informe du VIH à l'école», explique-t-elle. C'est la confiance avec laquelle elle s'exprime, autant que les informations qu'elle a reçues à l'école, qui permettent de croire en l'avenir du Malawi.