Libre-Opinion: Les fruits et légumes du Québec sont sécuritaires

Le ministère tient à apporter des précisions à la suite de la publication récente d'articles dans Le Devoir qui laissent croire que les fruits et légumes du Québec contiendraient des traces de pesticides dans une proportion plus élevée que les fruits et légumes du reste du Canada, ce qui est inexact.

L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) effectue des analyses pour détecter la présence de résidus de pesticides dans les fruits et légumes pour l'ensemble du Canada. Les résultats des analyses faites par l'ACIA indiquent que seulement 0,23 % des échantillons analysés dépassaient les normes établies par Santé Canada. Ces résultats englobent des fruits et légumes en provenance du Québec.

Dans le cadre de sa mission de surveillance de la chaîne alimentaire, le MAPAQ fait d'autres analyses qui sont complémentaires à celles de l'Agence canadienne. Les analyses du MAPAQ sont effectuées à l'égard d'un échantillon de produits ciblés qui n'est pas représentatif de l'ensemble de la production. La sélection des produits est faite par les spécialistes du ministère, qui prennent en considération les possibilités que les produits aient été frappés par des maladies ou touchés par des insectes et qu'ils aient nécessité un traitement aux pesticides. Les analyses menées en 2004 ont révélé que sept échantillons sur un total de 436, soit 1,5 %, dépassaient légèrement la norme établie. Il ne faut donc pas comparer les résultats des analyses effectuées par le laboratoire du MAPAQ aux résultats des analyses réalisées à l'échelle canadienne par l'ACIA.

Précisons également que, lorsque les analystes du ministère détectent la présence de résidus de pesticides dans une proportion qui excède la norme établie, le produit est retiré du marché. Des interventions sont aussi faites auprès du producteur afin de remédier à la situation. En outre, d'autres analyses sont effectuées par la suite pour s'assurer que les correctifs nécessaires ont été apportés.

Dans l'article du 20 août, il est mentionné que 219 produits chimiques ont été trouvés dans les aliments analysés, ce qui est inexact. Dans les faits, les outils analytiques du ministère permettaient de détecter en 2004 jusqu'à

219 substances différentes pour chaque échantillon étudié. Cela ne signifie nullement qu'on a trouvé des traces de toutes ces substances. Aujourd'hui, les outils dont dispose le ministère permettent de détecter les traces de quelque 300 substances différentes, ce qui a pour effet d'améliorer la surveillance qu'il exerce.

Le MAPAQ, en collaboration avec le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) et l'Institut national de santé publique du Québec, réalise diverses activités afin de rationaliser, réduire et remplacer l'emploi des pesticides en agriculture, et ainsi diminuer les risques pour la santé et l'environnement. Au nombre de ces interventions, soulignons: une stratégie phytosanitaire mise en place depuis 1992, qui vise à réduire et à remplacer l'emploi des pesticides en agriculture; des sessions de sensibilisation et de formation sur l'utilisation sécuritaire des pesticides; des services-conseils fournis par plus de 400 conseillers afin de guider les producteurs dans leurs activités; une surveillance des «ennemis de culture» et la diffusion de l'information pertinente en matière de traitement de ravageurs par le Réseau d'avertissement phytosanitaire (RAP); l'obligation faite à un producteur d'obtenir un certificat du MDDEP attestant qu'il a les connaissances appropriées pour utiliser de façon sécuritaire des pesticides.

Toutes ces interventions visent à diminuer l'utilisation de pesticides tout en assurant aux consommateurs des fruits et des légumes de qualité. Une tendance à la baisse quant à l'usage de pesticides dans le secteur agricole est d'ailleurs observée depuis plusieurs années.

Au-delà des chiffres, rappelons que les fruits et légumes du Québec constituent sans contredit d'excellents choix pour une alimentation saine. Leur valeur nutritive et leur réputation de qualité et de fraîcheur sont bien établies. Les gouvernements et l'industrie ont mis en place des outils qui permettent d'en assurer la qualité et l'innocuité. Les consommateurs peuvent donc en manger en toute sécurité. D'ailleurs, nous encourageons tous les consommateurs à profiter de l'abondance des fruits et des légumes frais disponibles en cette saison.

Réplique

Dans un document émanant de la Direction des laboratoires d'expertises et d'analyses alimentaires du MAPAQ, dont Le Devoir a obtenu copie, il est mentionné que le programme de surveillance dont vous parlez «consiste à prélever au hasard des fruits et légumes chez des producteurs agricoles dans le but de déceler les pratiques illégales». C'est sur cette base dite aléatoire que vos laboratoires, qui utilisent les mêmes protocoles d'analyse que l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), ont décelé des résidus de pesticides dans plus de 140 des 436 échantillons soumis à l'analyse. Sept de ces échantillons dépassaient effectivement les limites autorisées.

À titre de comparaison et à échantillonnage équivalent, l'agence fédérale a découvert des résidus de pesticides dans 23 des 592 lots de fruits et légumes provenant de la Thaïlande et dans 49 des 527 lots du Brésil. Par ailleurs dans ces deux cas, sept et quatre échantillons dépassaient les limites permises. Dans le document consulté, le chimiste responsable compare, en conclusion, les résultats québécois pour 2004-2005 à ceux d'une étude du Département de l'agriculture américain effectuée en 2002. Ce département utilise pour ses analyses les mêmes normes internationales que celles mises en pratique par l'ACIA. La comparaison lui permet d'affirmer que le Québec fait mieux que son voisin du sud, où les taux de résidus, cette année-là, étaient de 55 % (contre 33 % ici) et les infractions de 3 % contre 1,5 % au Québec.

Fabien Deglise

À voir en vidéo