Lettres: L'homme qui veut planter des arbres - Lettre ouverte au juge John Gomery

Le Devoir du 6 août dernier nous faisait part du désir du juge John Gomery de réparer la disparition de 400 arbres sacrifiés pour la production du papier utilisé lors des travaux de la commission d'enquête sur le scandale des commandites.

Outré de ce gaspillage, il a décidé de réparer cette exploitation de nos ressources forestières par la plantation de 1200 arbres près de ses terres, dans la région du Haut-Saint-Laurent, à Havelock. Ses intentions sont louables mais discutables d'un point de vue écologique. Je m'explique.

Au cours des siècles, l'exploitation de la forêt a été un des moteurs de notre économie. Les gouvernements encouragent encore les plantations d'arbres pour assurer la perpétuité de la ressource. L'Erreur boréale de Richard Desjardins plaide à juste titre pour la protection de cette ressource par une récolte équilibrée et des plantations de remplacement. Planter des arbres pour remplacer ceux qui ont été coupés en forêt, c'est bien, mais ce n'est pas justifié dans nos prairies!

Dans la vallée du Saint-Laurent et ailleurs au Québec, le reboisement de champs avec des pins ou d'autres conifères est souvent recommandé par les ingénieurs forestiers, mais ces aménagements du territoire se font au détriment de nos écosystèmes de prairie en détruisant leur biodiversité. Oui, dans 50 ans, on aura une forêt de pins, mais il n'y aura rien d'autre. Le sol sera presque dénudé et stérile, la flore et la faune seront réduites à leur plus simple expression. Enfin, le paysage dégagé d'une ancienne prairie aura été oblitéré par des arbres plantés en rangées et aura perdu sa diversité et son côté pittoresque qui réjouissent l'oeil des résidants et des visiteurs parcourant nos campagnes.

Je suis un admirateur d'Al Gore et de sa croisade en faveur de notre environnement. Par contre, être écologiste ne signifie pas qu'il faille planter des arbres partout. Protégeons la biodiversité de nos champs avec leurs broussailles, leurs fleurs, leurs fruits sauvages, leurs oiseaux, leurs papillons et tous ces autres animaux qui les animent.

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