Lettres: Faire l'effort

On faisait paraître, dans Le Courrier international de la deuxième semaine de novembre, un extrait d'article provenant du Devoir qui traitait de la montée de l'ADQ au Québec et de la puissance de l'image de son leader.

On mentionnait plus loin que, selon des sondages, parmi ceux qui disaient être prêts à voter pour Dumont, 80 % n'avaient aucune idée du contenu de son programme. Belle image! Cela donne évidemment du poids à l'allégation de certains voulant que les Québécois soient «apolitisés».

En fait, comme plusieurs l'ont remarqué, il s'agit d'un écoeurement accumulé de la population face à un jeu politique dont elle est devenue complètement détachée et de facto ignorante, en quelque sorte. À cet effet, il convient de mentionner un autre sondage, effectué il n'y a pas si longtemps, qui démontrait que le niveau de confiance du peuple en ses dirigeants ne s'élevait à guère plus de 4 %. Et la marge d'erreur dans les calculs? 4 %. Il est clair que cette attitude populaire est le fruit de plusieurs éléments (société de consommation anesthésiant l'esprit critique, éducation pauvre en contenu historique et politique, etc.). À défaut, ici, de pouvoir devenir exhaustif à ce propos, il s'agirait plutôt, pour régler ce problème de désabusement global, de s'interroger à savoir quels seraient les facteurs (sociaux, politiques, éducatifs, médiatiques, etc.) qu'il serait nécessaire d'introduire au Québec pour favoriser le regain de l'intérêt d'un peuple dont la majorité ne sait même pas sous quel régime elle vit. «À quoi bon s'y intéresser?», renchérissent certains. «De toute façon, ils se foutent de nous et je n'y connais rien. Je n'ai même pas envie de m'y connaître.»

Or ce n'est qu'en faisant l'effort de poser des questions, de s'informer, d'interroger, d'exprimer sa volonté et ses intérêts qu'on peut réussir à empêcher ceux qui gouvernent d'agir en vase clos, détachés de ceux qui les ont choisis. N'est-ce pas précisément ce que les grandes entreprises font? Et elles parviennent souvent à leurs fins.

La force du nombre compte, la pression populaire est puissante. Et à ceux qui justifient leur résignation à l'inaction par la déjà trop forte toute-puissance du capital, il faut rétorquer que son contrepoids est le social. Malheureusement, la meilleure façon de se rallier pour agir efficacement est de s'informer et de s'intéresser aux questions. Combien de personnes feuillettent ne serait-ce qu'un journal par jour?

Il faut lire, savoir comment fonctionne le régime, connaître ce qui se passe; il faut aussi profiter des occasions offertes pour se faire entendre publiquement (le désintérêt général fait en sorte que la plupart ignorent les nombreuses possibilités qu'ils ont de s'affirmer en ce sens), comme celle de la Commission sur la réforme des institutions démocratiques, menée par le ministre Charbonneau. «L'aventure humaine n'est pas une aventure solitaire. C'est une aventure collective», affirme-t-il à juste titre.

Lorsque les réformateurs de l'éducation, le gouvernement, les médias et les gens eux-mêmes auront assimilé la leçon et fait leur effort — et un tout petit effort suffit —, nous deviendrons une société qui aura une culture politique beaucoup plus appréciable. Et le pays ne pourra que s'en porter mieux.

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