Terminus provincial ou envol vers le pays du Québec: un choix s'impose

Le mouvement indépendantiste actuel, qui a plus de 40 ans, a été marqué par deux décisions fondamentales. La première est la création du Parti québécois (PQ) en 1968 par les membres du Mouvement souveraineté association (MSA) et ceux du Ralliement national, parti auquel se sont greffés des membres du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN).

La deuxième est le virage péquiste de 1974 en faveur d'une démarche étapiste consistant à présenter un programme provincial réformiste suivi d'un référendum en fin de mandat portant sur la souveraineté du Québec. Avec ce virage, l'élection à majorité simple dite référendaire, inscrite aux programmes du RIN et du PQ jusqu'en 1974, est mise de côté.

Ce virage réalisé, les souverainistes qui s'activent dans la foulée de René Lévesque prennent le contrôle. Ils neutralisent les indépendantistes en provenance du RIN, dont plusieurs se rallient pour des raisons liées aux réformes envisagées, et obligent les indépendantistes issus du Ralliement national à se ranger.

Élu en 1976, le gouvernement du PQ définit une démarche pour la tenue d'un référendum. Il néglige cependant l'essentiel, qui consiste en une entente préalable sur les règles à suivre avec les autorités canadiennes. Or, sans une telle entente, tout peuple qui veut s'affranchir par référendum est vulnérable.

À deux occasions, ce fut le cas sans que le peuple québécois se soit prononcé sur l'indépendance. En 1980, il est question de négocier une souveraineté-association, qui est un réaménagement du Canada, que le peuple québécois doit ratifier. En 1995, le mandat recherché est un partenariat avec le Canada dont l'entente sera ratifiée par les parlementaires, à défaut de laquelle ces derniers peuvent unilatéralement créer l'État indépendant du Québec.

De cela, il ressort que le mouvement indépendantiste a été endigué au sein du PQ à la faveur d'objectifs autres, une association ou un partenariat, et que ce parti a recherché l'appui des indépendantistes pour prendre le pouvoir provincial et faire des réformes.

C'est à cause de cela que les chefs de ce parti sont aux prises avec des déchirements périodiques. Ils sont sanglants lorsque le parti prend un virage provincialiste. Ce fut le cas avec le «beau risque». Ce pourrait être le cas avec un appui à l'autonomisme de l'Action démocratique du Québec (ADQ). La plupart du temps, ils produisent surtout des ecchymoses si les indépendantistes s'affirment trop ou si les souverainistes rapetissent leurs attentes.

Entrent alors en scène les maîtres de l'application des baumes pour assurer la survie du parti. Ces dernières semaines, nous avons assisté à leur traitement. Comme avant, ils ont engourdi le mal.

Gouverne provinciale

Depuis, Pauline Marois, qui sera vraisemblablement à la tête du PQ, est entrée en scène. Elle a dit que vouloir renier deux piliers, la souveraineté et la social-démocratie, serait, pour ce parti, perdre sa raison d'être. Elle a aussi avancé que refuser d'avance de gouverner la province serait une recette assurée pour sa marginalisation, ce qui est suicidaire. Aussi Mme Marois a-t-elle proposé de mettre de côté l'échéancier référendaire, idée qui, si elle est élue, sera le choix du PQ.

Ces vingt dernières années, la gouverne provinciale du PQ ou du PLQ n'a produit que des modulations dans la «couleur» des politiques sociales et économiques à cause de la petite marge de manoeuvre du Québec. Un éventuel gouvernement adéquiste fera de même. Bien sûr, pour chaque parti, cette gouverne laisse de l'espace pour faire de l'«éducation populaire» quant à l'avenir du Québec.

Or, dans sa plateforme, Mme Marois va plus loin. Si elle entend éduquer, elle entend oeuvrer à réaliser l'indépendance seulement lorsque le «peuple» lui aura dit que le moment est propice, ce que les autres partis pourront aussi décoder. En d'autres termes, sous Mme Marois, le PQ, qui attendra que la souveraineté lui tombe du ciel, s'adonnera à la gouverne provinciale, dont Louis Bernard dit qu'il faut s'abstenir, et voudra imprégner les politiques provinciales d'une couleur social-démocrate retouchée.

Ce faisant, le PQ rend orphelins de parti les indépendantistes qui prônent d'abord l'indépendance. C'est une bonne nouvelle. Comme le PQ attend dorénavant du peuple le signal pour enclencher un processus menant à la souveraineté, il revient aux indépendantistes de prendre les choses en main.

Cap sur l'indépendance

Voilà pourquoi le RIQ les convie à un grand happening (réunion libre et participative) qui se tiendra le 20 octobre à Montréal en vue de faire le point sur le pourquoi de l'indépendance du Québec et la manière de la faire.

À ce happening indépendantiste, rien ne sera exclu, surtout pas la création d'un parti foncièrement indépendantiste et démocrate, un parti qui ne soit ni de droite, ni de gauche, ni du centre, ni social-démocrate, mais un parti qui fera la promotion du pays et d'un pacte pour agir lors des prochaines élections.

Le RIQ a déjà fait connaître ses idées pour que le peuple québécois se prenne en main. La première est que l'indépendance devienne l'objectif recherché par la nation politique québécoise, dont la langue commune est le français.

La seconde affirme que cet objectif s'atteindra démocratiquement, ce qui implique le rejet des armes et l'exigence d'un soutien majoritaire pour aller de l'avant, soit plus de 50 % des votes exprimés. Il serait antidémocratique, même en régime parlementaire britannique, de transformer une province en un État souverain sans l'aval d'une majorité de citoyens.

Pour créer démocratiquement un nouveau pays, il y a deux voies reconnues: l'élection et le référendum. Un référendum est opportun s'il y a entente sur la procédure, le pourcentage et les négociations entre les représentants du peuple qui aspire à l'indépendance et ceux de l'autorité établie, ici le Canada. Une telle entente n'existe pas et la loi C-20 sur la clarté n'a pas cette qualité.

Avec elle, comme l'a montré Jean-François Lisée, la Chambre des communes peut statuer unilatéralement sur la recevabilité de la question et le pourcentage obtenu, décréter les règles de la négociation et attendre l'autorisation des deux tiers des provinces représentant plus de 50 % de la population du Canada pour que le Québec s'en retire. Cette loi octroie donc «à la nation voisine un droit de veto sur l'avenir du Québec».

Pour le RIQ, à cause du piège qu'est devenu un référendum et des conséquences d'un troisième échec, la voie électorale est incontournable. C'est la troisième idée. Un parti politique peut y recourir en faisant de l'indépendance la priorité de sa plateforme électorale. Pour faire le pays, cela nécessite simplement une double majorité: plus de 50 % des votes en faveur de candidats indépendantistes et l'élection de plus de 50 % d'indépendantistes. À défaut de plus de 50 % des votes exprimés, un parti indépendantiste ayant une majorité de députés devrait se limiter à l'exercice du pouvoir législatif.

Au Québec, il y a deux partis souverainistes, un parti autonomiste et plusieurs groupes indépendantistes. Recourir à la voie électorale nécessite un pacte entre eux. À l'initiative du RIQ, Les Porteurs du pays, un groupe d'indépendantistes, en ont défini les contours essentiels: faire de l'indépendance l'enjeu prioritaire des élections, s'entendre sur la stratégie électorale et aller de l'avant si les candidats du pacte obtiennent la double majorité. C'est la quatrième idée.

Avec ces idées, les indépendantistes ont tout en main pour passer à l'action. Le happening indépendantiste du 20 octobre pourrait être leur entrée sur la scène politique.

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Claude Bariteau, Stéphane Harrisson, Jacques Lamothe, Pierre Pilon, Jean-Pierre Roy, Marcel Lefebvre, Membres du conseil d'administration du Rassemblement pour l'indépendance du Québec (RIQ)