Madame Bertrand mérite des excuses

Monsieur Lotfi, dans la lettre publiée dans Le Devoir du 25 avril et que vous adressez à Janette Bertrand à propos d'une réponse qu'elle a donnée à Tout le monde en parle le dimanche précédent, vous tenez des propos pour le moins arbitraires. [...]Vous vous permettez d'écrire: «Madame Bertrand, vous avez dit une bêtise.» Vous avez du culot de parler ainsi!

[...] Il ne semble pas que vous ayez beaucoup cherché à vous faire expliquer le sens que Mme Bertrand donnait à ses paroles. Comment pouvez-vous vous permettre de discourir comme vous le faites à partir d'une interprétation tout à fait personnelle des propos qui ont été tenus? À la fin de votre papier, vous allez même jusqu'à souffler la réponse que vous auriez voulu entendre de sa bouche! Est-ce ainsi que vous traitez les femmes qui vous entourent? Vous leur dictez leur réponse et gare à elles si elles se permettent de penser et de parler par elles-mêmes, vous jugez alors qu'elle disent des bêtises?

Voici ce que nous avons compris, mon mari et moi, de la réponse de Mme Bertrand à la question: «Si tu avais une question à poser à une musulmane qui vit au Québec...» Quand Janette a répondu: «T'es de la visite... qu'on aime et qu'on veut garder... Respecte-moi», nous avons compris: «Tu es une femme musulmane accueillie dans notre pays, un pays colonisé par des chrétiens et dont les habitants sont encore en majorité profondément attachés aux valeurs chrétiennes. On t'accueille avec amour, sans rejet, et on ne te force pas à être et à agir tout à fait comme nous. Au contraire, on veut te permettre de vivre avec nous selon les préceptes de ta religion, pour ne pas que tu sois obligée de retourner dans ton pays d'origine. N'essaye pas de me convaincre que tu es supérieure à moi et que ce que tu apportes dans ton bagage est mieux que ce que je fais ici. Prends une place à côté de moi, mais pas la mienne!»

Comme vous pouvez le constater, Monsieur Lotfi, nous ne faisons pas les mêmes inférences. Loin de là! Où avez-vous pris l'idée que Mme Bertrand parlait du voile porté par certaines musulmanes? Dans votre tête. Pas ailleurs. Vous avez interprété à votre façon ce que Janette a dit. À partir de votre point de vue, vous vous êtes lancé dans un discours qui vous a donné l'occasion de débattre de ce qui vous dérange, vous, et de ce que vous souhaitez voir advenir au Québec. Vous allez même jusqu'à mentionner la nécessité, au nom de la laïcité, d'interdire le crucifix à l'Assemblée nationale. Ce voeu n'est pourtant pas porté par une majorité de Québécois!

Ne pensez-vous pas, Monsieur, que vous devriez vous excuser auprès de Mme Bertrand pour l'avoir traitée comme une petite fille qui ne sait pas ce qu'elle dit? [...]

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