Lettres: Mourir en Afghanistan

L'été dernier, j'ai parcouru les plages de Juno Beach en Normandie, celles du débarquement des troupes canadiennes en juin 1944.

Çà et là, entre des touffes d'herbe folle fouettées par le vent, il y avait de petits drapeaux canadiens plantés dans le sable par des mains anonymes, comme si elles avaient su que chacun de ces petits lieux pouvait être une tombe tant ils furent nombreux à y mourir.

Hier et avant-hier, huit de nos soldats sont morts en Afghanistan, s'ajoutant à d'autres avant eux. Mais le regard perdu de l'officier canadien évoquant ces morts m'a frappé, comme si ces morts à eux seuls avaient pesé autant, et même plus, que les milliers de soldats tombés sur les plages de France...

La mort est un mystère, et on essaie toujours de lui donner un sens...

Sur les champs de bataille, aux sonneries claironnantes, aux drapeaux frémissants, quand l'ennemi est envahisseur et qu'il faut défendre la patrie ou celle de ses alliés, tout est clair: la mort est héroïque!

Dans le regard perdu de l'officier canadien, il m'a semblé que plus rien n'était clair: quelle est cette patrie à défendre, et contre quel envahisseur? Donc, sur ce champ de bataille, quel est le sens de la mort?

Les soldats du Vietnam se sont retirés parce qu'ils ne savaient plus pourquoi ils mouraient...

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