Lettres: La religiophobie, signe distinctif des Québécois

Dans la foulée des accommodements raisonnables, un constat s'impose: les Québécois, et en particulier la génération des baby-boomers issue du Refus global, ont développé une incurable phobie des religions. Curieusement, cette peur est intimement reliée au passé catholique du Québec, comme si l'ombre du crucifix allait resurgir avec l'aide inespérée des religions musulmane et juive.

En effet, lorsque les accommodements raisonnables sont remis en question, l'argument auquel recourent Jacques Godbout, Claude Jasmin et les autres ultra-laïcs est que les Québécois se sont battus pendant des décennies pour se débarrasser du joug catholique et qu'il ne faut pas céder d'un iota aux autres religions. Pourtant, je n'ai jamais entendu une seule fois l'Église catholique québécoise plaider pour des accommodements raisonnables!

Pourquoi cette dernière serait-elle avantagée alors que ce sont les immigrants qui bénéficient de ces passe-droits? De mon point de vue d'adulte appartenant à la génération Y, l'Église catholique n'est plus ici que l'ombre d'elle-même. La majorité des cégépiens ne savent plus ce que représente la fête de Pâques. La société civile québécoise est totalement laïque. Je peux comprendre que certains prêtres d'antan commettaient des abus condamnables, s'immisçaient dans la vie privée et se mêlaient aux pouvoirs de l'État. Mais de telles menaces ont aujourd'hui disparu. Ces prêtres tentent de survivre, c'est tout. Les tendances se sont inversées: à présent, c'est l'Église qui est pourchassée et censurée comme une sorcière hérétique. J'ai beau être moi-même laïc et opposé à la plupart des accommodements raisonnables, je suis déçu de voir autant d'énergie dépensée pour crier haro sur une Église en ruine alors qu'il y a tant d'autres problèmes criants au Québec.

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