Libre-Opinion: La prévention à contresens

J'ai entre les mains une contravention que j'ai reçue hier pour avoir traversé au feu rouge. Je précise que je suis un ex-automobiliste qui a décidé de devenir piéton pour améliorer la qualité de la vie à Montréal. J'ai commis une infraction au Code de la route et je n'ai pas l'intention de contester: je vais docilement payer. Cependant, en tant que citoyen, je m'interroge sur la nécessité d'appliquer de telles mesures de répression à l'égard d'une population vulnérable et précaire. J'ajoute que c'est une auto-patrouille qui m'a épinglé pour ce délit et qu'elle a dû emprunter à contresens une rue achalandée pour me mettre la main au collet.

Je suis bien conscient que je risque ma vie en traversant au feu rouge et que certains de mes concitoyens sont victimes de collisions tragiques. Je sais aussi qu'une grande majorité des automobilistes violent systématiquement le Code de la route et que les nombreux accidents entraînent un nombre alarmant de décès et de blessures. C'est d'ailleurs ce laxisme grandissant qui m'a convaincu de me débarrasser de ma voiture. Je trouve étrange que les décideurs privilégient des campagnes qui visent les piétons alors que la situation sur nos routes se dégrade considérablement.

Je dois préciser que, lors de mes voyages à l'extérieur du Québec (au Nouveau-Brunswick, par exemple), j'ai découvert des comportements empreints de civisme et de respect. Bien que nos villes et nos automobilistes ne supportent pas la comparaison, il semble qu'il n'existe aucune volonté pour corriger cette situation désolante.

J'ai délaissé l'automobile au profit de la marche et des transports en commun, mais l'automobile s'obstine à vouloir me gâcher la vie. Elle ne respecte pas le piéton que je suis devenu. Elle met ma vie en danger quand je traverse au feu vert ou à un passage pour piétons. Je dois également préciser que ce sont mes réflexes et ma vigilance qui, à au mois trois reprises au cours des derniers mois, m'ont permis d'éviter le pire, et ce, alors que je traversais à un croisement en respectant la réglementation.

J'oserais affirmer que la sécurité des piétons sera compromise tant que l'automobile régnera sur nos villes et que la réglementation et la signalisation seront perçues comme des obstacles à sa dictature. Les mesures insignifiantes qui sont mises en place démontrent clairement la faiblesse de notre engagement. Quel bel exemple que ces feux prioritaires qui ne laissent pas le temps de traverser entièrement la rue, mais qui laissent au contraire le champ libre aux automobilistes, au risque de rouler sur les pieds des piétons!

Ce n'est pas en donnant des contraventions aux plus vulnérables que nous parviendrons à créer un minimum de respect et de civisme chez l'«homo-automobilis». Axer la ville sur les piétons serait une formidable incitation pour promouvoir les changements d'attitude et de comportement, ainsi qu'une approche plus constructive que de donner des contraventions aux piétons et d'augmenter les tarifs de stationnement. Il est triste de constater que notre ville recourt à ces taxes détournées, au lieu d'adopter une vision progressive qui nécessiterait beaucoup de bonne volonté mais peu d'investissements.

En attendant, je continue à me déplacer à pied quand la température le permet et j'affronte sans rechigner les dangers qui guettent le marcheur contemporain, car même les trottoirs ne sont pas sûrs.

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