Libre opinion: Le CHUM, absolument essentiel

Qu'a-t-on à faire de positions défaitistes qui prônent d'abandonner les CHU, de laisser tomber les régions de Montréal ou de Québec, de former des professionnels à rabais, de réduire plus avant les budgets hospitaliers insuffisants, de ne pas financer la formation professionnelle? On ne peut plus faire l'économie de l'éducation, ni celle d'une organisation appropriée. Si vous ne le croyez pas, essayez l'ignorance et le désordre pour voir... Nous y sommes presque!

Depuis plus de cinq ans, l'Université de Montréal, le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et sa société d'implantation (SICHUM) travaillent de concert pour doter le Québec d'un hôpital moderne, capable de répondre aux besoins de santé de ses citoyens dans un contexte favorable à la formation de la relève et à la mise à jour de technologies et de pratiques médicales évoluées. Il s'agit de former chez nous, de traiter chez nous et d'offrir à la créativité québécoise une plate-forme performante de développement technologique en matière de soins de santé, devenus une industrie majeure dans les sociétés occidentales.

Ce nouvel hôpital universitaire devra s'adapter aux exigences techniques d'aujourd'hui et surtout de demain, être le complément du système hospitalier existant et former la majorité des professionnels de la santé plus que jamais en pénurie dans toutes les régions du Québec. Au moment où nos facultés de médecine doivent accroître significativement leurs admissions pour répondre aux besoins des prochaines années; au moment où les programmes de formation en soins infirmiers et autres professionnels de la santé sont eux aussi sévèrement sollicités par un manque criant d'effectifs; au moment où le Québec doit plus que jamais maintenir sa place au Canada dans le domaine de la santé, le CHUM, qui accueille la majorité des stagiaires des facultés de médecine et soins infirmiers de l'Université de Montréal, représente un élément de réponse essentiel.

Loin d'être un méga-hôpital, l'établissement prévu n'aura que 850 lits environ, mais il offrira des lits de soins spécialisés et surspécialisés, opérant dans un contexte d'apprentissage et de recherche et selon une configuration plus souple et moins onéreuse à transformer que celle de nos hôpitaux actuels. Taillé sur mesure pour répondre aux exigences de demain, il permettra d'offrir aux malades les soins de pointe requis, lesquels doivent forcément être regroupés pour en assurer la valeur clinique et la compétitivité financière.

Malgré cinq ans de cheminement, des investissements majeurs, un travail considérable de planification du changement ayant impliqué plus de 1000 membres du personnel du CHUM et de nombreux experts externes, malgré des sacrifices majeurs demandés aux hôpitaux fusionnés malgré eux et à leur personnel pour créer le CHUM, malgré des déclarations politiques au plus haut niveau, on voit encore des questions surgir sur la pertinence du projet. Ce qui inquiète, c'est la taille, les coûts, les changements et la coexistence de deux projets majeurs, l'un dans le réseau de l'Université de Montréal, l'autre dans celui de l'université McGill. Le projet CHUM est pourtant toujours demeuré dans les balises annoncées publiquement par le gouvernement et demeure soucieux de se conformer à celles-ci. Et est-ce si cher payer quand on considère que l'on autorise facilement un projet de un milliard pour une nouvelle centrale électrique ou le coût final du nouveau rond-point du boulevard de l'Acadie?

Il faut donner un coup de barre, soutenir le CHUM et les hôpitaux d'enseignement dans leurs missions de soins et d'enseignement, financer toutes les missions hospitalières, y compris les stages de formation, accroître le nombre de professeurs engagés en formation médicale ou professionnelle, recruter de nouveaux effectifs, modifier ou adapter les modes de rémunération médicale, diversifier les lieux de stages, mieux utiliser les régions comme sites de formation, etc. Tout cela demande un plan clair afin de redresser cette situation inquiétante.

L'opération CHUM n'est certes pas un projet régional et est parfois vue comme contribuant à une centralisation médicale malheureuse. C'est une bien courte vision. On n'aide pas les régions du Québec, ni leurs patients, en éliminant leur possibilité de référer les cas les plus complexes aux centres hospitaliers universitaires, ni en rendant difficile, voire impossible, le recrutement régional de professionnels compétents faute de formation de candidats en nombre suffisant. Les conditions requises pour la formation de professionnels dans les métiers de la santé sont aujourd'hui en danger. Ni les facultés ni les hôpitaux-universités que sont nos hôpitaux majeurs d'enseignement n'ont toutes les ressources requises pour faire face à la mission clinique croissante tout en contribuant à la formation d'effectifs de qualité. Les professeurs, de moins en moins nombreux, sont de plus en plus débordés par les impératifs croissants de soins et par la charge croissante de la lourdeur des cas, ce qui rend plus difficile la tâche d'enseignement. Les plans de recrutement d'effectifs sont étroits et ne tiennent pas suffisamment compte de l'enseignement qui s'alourdit aussi. Les infirmières manquent partout, et cela limite les activités cliniques et donc aussi l'enseignement. Les hôpitaux n'ont pas les budgets, ni souvent les locaux appropriés, pour faire face à la croissance soutenue d'étudiants qui arriveront en nombre croissant de 2003 à 2011 pour pallier des prévisions déficientes.

Les problèmes du système de santé peuvent être résolus ou allégés si on y consacre les ressources nécessaires, humaines et matérielles. Ce faisant, il faut cependant faire face aux coûts croissants de la santé. En effet, les problèmes de santé eux-mêmes, des plus simples aux plus complexes (cancer, transplantation d'organe, sida), se transforment rapidement dans tous leurs aspects, préventifs, diagnostics et thérapeutiques. Les infrastructures requises pour offrir des soins de qualité, surtout dans les domaines de pointe, doivent donc se transformer au même rythme. Faute de quoi ce sont les patients qui ne reçoivent pas les meilleurs soins ou doivent se faire traiter à l'étranger (voir le dossier récent de la radiothérapie)... Le CHUM représente un pas essentiel dans la bonne direction.