Ce qui reste des civilisations qui passent

«Un tableau est un objet sans importance. Il n'empêchera pas des milliers d'êtres de souffrir de la faim, du froid, des maladies, d'éviter que des villes entières sautent corps et biens sous le choc de nos engins meurtriers.» Tel est le constat tiré du Refus global des automatistes québécois, il y a quelque soixante ans.

Quoi de changé, si ce n'est l'escalade dans l'horreur et les turpitudes. Et pourtant, la culture dont témoigne la créativité multiforme des hommes, depuis toujours, est tout ce qui reste des civilisations qui passent.

Aujourd'hui, c'est un hommage à la culture, plus qu'aux distinctions honorifiques individuelles, qui est célébré à travers tous les artistes ici présents et tous ceux qui depuis 50 ans ont contribué à son rayonnement.

Je m'en réjouis, et j'en suis fier. Mais je ne peux m'empêcher de réfléchir au rôle de l'oeuvre d'art dans notre société de rentabilité et de spéculation qui divise les hommes et les sociétés.

Peut-on guérir notre «Planète affolée» de la cécité des hommes, si ce n'est par une prise de conscience des causes et de la nécessité de retrouver par la créativité la liberté fondamentale qui unit en toute fraternité. Illusions de jeunesse, utopies de vieillesses.

Quel est le chemin? «Il y a un but, mais pas de chemin», nous dit la sagesse orientale. L'aventure toujours, à traquer, à scruter l'inconnu, et au bout, la lumière.

Et je pense à cette phrase prononcée par le poète Stanley Koneitz sur la tombe de ce peintre que j'aime tant, Marc Rothko, mort en 1970: «Toute la corruption du monde ne peut ternir l'éclat de ses précieuses couleurs.»

Plus que de couleur, je dirais, il s'agit bien ici de lumière, de cette lumière ineffable qui nous entraîne aux confins de la contemplation, et qu'aucune force destructrice ne saurait obscurcir.

L'oeuvre d'art, un hymne à la vie.

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