Libre-Opinion: Néonatalisme adéquiste

L'Action démocratique du Québec récidive en matière de politique nataliste. Ce qui semble a priori être une mesure intéressante pour soutenir les jeunes familles n'est en fait qu'un tour de passe-passe pour aller chercher le vote d'une certaine génération X, génération désabusée du système.

Sans qu'il y paraisse, l'idée d'offrir 100 $ par semaine au parent choisissant de rester à la maison va à contresens des efforts des gouvernements précédents en matière de conciliation travail-famille. C'est un peu comme si l'ADQ de Mario Dumont rejetait du revers de la main le nouveau régime de congé parental, en faveur duquel il a voté à l'Assemblée nationale, régime permettant aux parents de rester jusqu'à 18 mois auprès de leur dernier-né. Ce congé parental, aussi accessible aux travailleurs autonomes, tente de rejoindre davantage les pères, de plus en plus nombreux à s'en prévaloir. Le mini baby-boom actuel n'est probablement pas sans liens avec ce régime.

L'idée de M. Dumont table en fait sur la détresse de mères ayant une carrière et s'occupant d'enfants d'âge préscolaire. La solution ne réside pourtant pas dans le fait d'inciter des femmes (c'est encore elles, on s'en doute, qui font le plus les frais de la double tâche) à retarder leur insertion professionnelle ou carrément à quitter un emploi, mais dans de vraies mesures de conciliation travail-famille.

L'ADQ doit retourner à ses devoirs et réfléchir, comme le font les deux autres partis et même certaines entreprises se préoccupant vraiment du bien-être de leurs employés. C'est d'ailleurs la voie d'avenir des ressources humaines (temps partiel, garderies en milieu professionnel, télétravail, etc.).

De plus, l'ADQ prête flanc à la critique en tournant le dos de façon voilée au régime universel de services de garde, régime qui apparaît comme un pas dans le sens d'une véritable politique familiale: la plupart des enfants, à partir de 18 à 24 mois, s'y développeront sans problème, bénéficieront de services professionnels de qualité et pourront socialiser.

L'accès à des places en garderies subventionnées devrait être le souci de M. Dumont, qui préfère démoniser la garderie et angéliser ce qui s'avère un retour en arrière pour les femmes: restez chez vous, on vous aidera!

Et après? Quand le petit dernier aura franchi avec émotion les portes de l'école? Que restera-t-il pour ces mères? Finie, la petite somme chaque semaine... Réintégreront-elles, comme si rien n'était, après cinq, six, sept ans, le marché du travail? On peut en douter: les choses ne sont pas aussi simples.

Justement, avec l'ADQ, on pèche souvent par simplisme. On ne donne pas non plus dans la nuance, encore moins quand il est temps de financer un programme à même l'aide sociale, ce qui n'aidera en rien, disons-le, notre mère de tantôt, qui devra peut-être paradoxalement en bénéficier.

Ce qui inquiète dans le cheval de bataille nataliste, c'est que M. Dumont, au coeur de la tempête électorale médiatique, met effectivement le doigt sur un problème social criant: la conciliation des charges de travail extérieures (de plus en plus lourdes et prenantes) et les obligations familiales de toute sorte, comprenant non seulement les enfants en bas âge mais aussi tous les proches, des aînés aux parents en perte d'autonomie ou malades. D'autres solutions, beaucoup plus facilitantes et humanistes, auraient au moins la qualité de décloisonner les rôles traditionnels et de favoriser le plein épanouissement de chacun.

Nos jeunes filles, de plus en plus présentes sur les bancs des écoles, de plus en plus porteuses d'avenir, devraient trouver sur leur chemin une société à la mesure de toutes leurs ambitions. En cela, gare aux solutions démagogiques, attrayantes de prime abord mais qui sont en fait un pas en arrière pour les femmes du Québec.

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