Le point de vue des étudiants

Dans son texte du 19 février 2007 («Littérature et philosophie au collégial - Les conditions du vrai débat»), Louis Cornellier clarifie certains aspects du débat à propos de l'enseignement de la littérature et de la philosophie au collégial. Étant moi-même étudiante au cégep, je voudrais simplement donner mon avis sur le sujet, sachant que je ne suis peut-être pas nécessairement un exemple d'étudiant «moyen» du niveau collégial, car j'appartiens à cette espèce (peut-être en voie de disparition) qui s'intéresse à la philosophie.

J'avais lu le texte de Pierre Desjardins, «L'enseignement de la philosophie au collégial: triste bilan», paru dans Le Devoir du 23 janvier 2007), et, puisque la situation me semblait inquiétante, j'ai décidé de consulter mon professeur de philosophie pour savoir quelle était la situation de l'enseignement de la philosophie dans notre collège. Heureusement, le bilan n'est pas aussi «triste» dans tous les collèges. Même si la situation n'est pas très heureuse partout au Québec, il faut essayer de nuancer ses propos lorsqu'on veut qu'un débat surpasse le simple préjugé et les opinions toutes faites. C'est à ce moment-là qu'on peut comprendre l'importance de l'enseignement de la littérature et de la philosophie au collégial.

Au niveau collégial, on forme de futurs étudiants universitaires, de futurs employés (dans le cadre des techniques) ainsi que de futurs citoyens qui mèneront une vie plus ou moins active dans la scène publique mais qui devront faire des choix. Or, pour faire des choix, il faut bien qu'il y ait un esprit critique pour que chaque individu puisse choisir par lui-même et ne pas être influencé par les autres (que ce soit sa famille, ses amis ou les médias).

En ce sens, la littérature et la philosophie sont des atouts précieux. Cette dernière peut compter sur une méthode rigoureuse d'analyse critique alors que la première fait prévaloir les nuances et la richesse linguistiques. Savoir analyser un discours dépend aussi bien d'une méthode philosophique appropriée que des connaissances littéraires qui permettent de nuancer certains propos.

Peut-on se passer des classiques?

Dire que la lecture de Platon ou de Heidegger puisse être à l'origine de l'indifférence généralisée envers l'étude de la philosophie me semble vite dit. Affirmer cela serait ne pas prendre en compte le préjugé, quasi inné, avec lequel la plupart des étudiants arrivent au cours «Philosophie et rationalité» (premier cours de philosophie au collégial). La grande majorité des élèves ne savent pas ce qu'est la philosophie mais croient que c'est inutile, qu'elle ne sert à rien et que c'est un cours où on doit répéter ce que le professeur a dit afin d'avoir de bonnes notes.

Or cette conception de la philosophie ancrée dans l'imaginaire collectif des étudiants est loin de représenter ce qu'elle est vraiment, à savoir une réflexion critique sur des questions fondamentales. Pour les étudiants minimalement motivés, étudier les classiques n'est pas vu comme une manière de les éloigner de la philosophie; au contraire, on comprend qu'il existe certains sujets qui restent d'actualité. On se demande tous, tôt ou tard, quel serait le régime politique idéal, quelle est l'essence de la justice, de la beauté, etc. Si le professeur arrive à faire comprendre l'actualité des textes classiques, les étudiants vont réussir à apprécier leur richesse.

En littérature, je crois que la question ne se pose même pas. Certains auteurs reviennent toujours: on n'a qu'à nommer Molière, Guy de Maupassant, Émile Zola ou Victor Hugo. Quel étudiant au collégial, aussi paresseux ou découragé qu'il puisse être, n'a jamais entendu parler de ces auteurs? Pourquoi ferait-on de Platon et de sa République des sujets inconnus des élèves? Ne serait-ce pas les priver d'un des piliers fondateurs de la philosophie?

Pour reprendre l'idée de Charles Pépin dans son «Devoir de philo» («Nietzsche contre l'utilitarisme de l'école Villepin», Le Devoir, les 10 et 11 février 2007), une mesure qui réduit l'enseignement de la philosophie à un point tel que les classiques n'y trouvent plus leur place, ne serait-ce pas nous montrer qu'on ne nous fait pas confiance? Mettre Comte-Sponville, que plusieurs professeurs n'apprécient même pas, au lieu de Platon, ne serait-ce pas nous montrer à quel point on est incapable de bien comprendre un classique?

Appelez-le «amour-propre» si vous voulez, mais je préfère croire que mes professeurs me font confiance et qu'ils font leur programme en lançant un certain défi aux élèves et non pas en les considérant incapables de comprendre leur matière. Après l'essor du fast-food, va-t-on mettre en place une «éducation rapide»?

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