Le couple parents-enfants fait chambre à part

La journaliste Marie-Andrée Chouinard nous révèle, dans l'édition du Devoir du 17 février, que le parent n'est plus intéressé par une action concertée et collective pour mieux adapter l'école aux besoins et aux attentes de la famille. Les conseils d'établissements dans chacune des écoles, où les parents sont majoritaires, n'atteignent plus les parents. Les structures existantes, comme les comités de parents, le conseil des commissaires et les rencontres officielles parents-professeurs, d'ailleurs trop courtes, ne répondent plus à leurs aspirations. Le parent, seul avec son enfant à la maison, a décidé non pas d'améliorer la qualité de vie de son enfant à l'école, mais d'imposer à l'école les besoins personnels de son couple, de sa famille et de son enfant d'une façon individualiste.

Les professeurs affirment avec regret que certains parents décident que leur enfant ne fera pas son devoir parce que la famille a décidé d'aller au cinéma ou qu'il quittera l'école plus tôt un vendredi après midi afin que la famille puisse se rendre au chalet sans être coincée dans la circulation. L'enfant peut se permettre un retard, puisqu'il a vécu une expérience culinaire avec sa mère à midi. Un devoir en français est vite rejeté parce que l'on n'apprécie pas l'auteur du texte à analyser.

Un enfant a de la difficulté à réussir ses apprentissages, la responsabilité de ses échecs ne lui incombe plus, on note que les explications n'étaient pas assez claires, qu'il n'est pas dans le bon groupe classe, que son voisin de bureau le dérange continuellement, ou que le professeur ne comprend pas la frustration de son jeune ou que...

Le directeur est perçu comme un gestionnaire, le professeur fait figure de fonctionnaire, et les personnels de l'école ne sont que des syndiqués qui ne veulent qu'améliorer leurs conditions de travail.

L'intrus

Évidemment, la majorité des parents ne sont pas des interventionnistes individualistes, mais un constat s'impose. La confiance est ébranlée, les tensions montent, la critique est facile, la compétence du professeur est remise en question, le parent joue le jeu de chacun pour soi: «Moi, je m'occupe de mon enfant, que l'école s'occupe des autres.» Le directeur est en réunion administrative pour régler son déficit budgétaire, les cadres scolaires étudient la problématique en formant un comité multidisciplinaire. Le syndicat prépare son mémoire sur le vote proportionnel au Québec et l'enseignant, seul, essaie de gérer tous ces conflits, en tentant de rester à la surface de l'eau.

L'école est fermée aux parents. En rentrant dans l'école de son enfant, le parent se sent un intrus. Le parent, venant chercher son jeune à la fin des classes, est confiné au secrétariat ou devant la porte de sortie. Impossible de circuler dans les corridors.

Le dialogue prof-école passe difficilement. Impossible de communiquer avec son enseignant après 16 heures. On ne se parle que par l'intermédiaire des médias, on ne se rencontre plus, on communique à l'intérieur de petites notes de deux lignes. D'un côté de la rue, il y a l'école, de l'autre, la famille, et personne n'a la volonté de traverser ce passage obligé.

Laisser circuler

L'école-famille doit interroger son couple, et l'école a le devoir d'amorcer ce rapprochement. Sans prétendre trouver la réponse à ce problème complexe, je me permets de proposer une aurore de solution. Il incombe à tous les intervenants de l'école (personnel de soutien, personnel professionnel, direction et enseignants) de prioriser le lien école-famille, de considérer les parents non pas comme des membres d'un jury ou comme des touristes à qui l'on indique le chemin à parcourir mais comme des partenaires de la réussite scolaire du jeune.

Le directeur de l'école doit ouvrir son école aux parents, leur permettre de circuler dans les corridors, de profiter de la bibliothèque scolaire, ou du laboratoire informatique, de les encourager à manger à l'école avec leur jeune.

Il doit également créer un groupe de parents bénévoles, choisis minutieusement, pour aider ce milieu d'éducation à vivre ces nombreuses petites mais combien importantes tâches quotidiennes. Les centres hospitaliers ont compris depuis longtemps la nécessité de ces bénévoles. La priorité de la direction ne devrait pas être la gestion, mais bien l'accueil, l'écoute, la disponibilité. Terminée la boîte vocale à 12 touches, l'école doit s'humaniser.

L'enseignant doit établir clairement et précisément ses attentes, les règlements de sa gestion de classe et surtout les conséquences du non-respect de ces exigences. Il doit en informer régulièrement les parents et surtout ne pas accepter des accommodements non raisonnables. Il est le leader de sa classe, le pédagogue compétent, le chemin qui mène à la réussite de ses enfants. Il doit s'associer aux parents, les écouter et surtout faire des gestes pour les convaincre qu'ils sont des partenaires indispensables au succès du jeune.

Le syndicat devrait cesser de présenter ses membres comme des victimes du système scolaire, et se servir de sa tribune pour valoriser ces professionnels compétents et soutenir ces jeunes professeurs en ne priorisant plus l'ancienneté pour la répartition des tâches. Aura-t-il le courage de ne plus défendre les quelques incompétents qui nuisent à la crédibilité de la très grande majorité du personnel?

Le parent se doit également de soutenir son professeur et non seulement les exigences de son enfant, reconnaître la compétence professionnel et universitaire de l'enseignant, communiquer avec l'éducateur plutôt que de transmettre ses frustrations aux médias, reconnaître que l'école a une mission noble à accomplir et qu'il peut et doit y participer par la collaboration et la concertation.

La confiance mutuelle ne peut exister sans la connaissance, la compréhension de l'autre et le respect des rôles et fonctions de chacun. Une rencontre est nécessaire. Un souper-causerie s'impose.

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