Le grand oubli des fins causeurs: il faut d'abord gagner les élections!

Après la proposition de Jean-François Lisée, Sortie de secours, après celle de Claude Morin, Les prophètes désarmés?, toutes deux parues il y a déjà quelque temps, mais dont le Parti québécois n'a pas tenu compte, voici, à la veille de l'élection, celle de Michel Venne: Souverainistes, quoi faire?

À ce rythme-là, personne ne pourra dire que tout n'aura pas été essayé pour sortir de l'impasse le projet souverainiste et le parti qui l'incarne. Il y aura aussi des contributions à venir: celles de Jacques Parizeau avec son «Rassemblement pour la souveraineté du Québec», d'Yves Michaud avec son manifeste sur l'Union sacrée des indépendantistes, et d'un certain Jean-Luc Dion avec son Conseil québécois de salut nationalÉ

De l'un à l'autre, les motivations et les intentions sont plus que louables. Il n'y a rien à redire sur la sincérité des convictions de chacun. On sent qu'ils sont tous animés du même désir de faire progresser l'Option jusqu'à ce qu'une majorité de québécois y souscrivent démocratiquement, par voie électorale ou référendaire. Le seul «hic», c'est qu'il y a un «passage obligé» pour permettre l'application des approches stratégiques proposées, et c'est celui de l'échéance électorale 2003, l'aboutissement des fameux «300 jours » de Bernard Landry.

Incontournable rendez-vous

Car, au-delà des écrits et des discours, il y aura l'incontournable rendez-vous où les penseurs et les acteurs, les stratèges et les tacticiens, les concepteurs, scénaristes et réalisateurs, devront se soumettre au verdict populaire. Implacable réalité! Que fait-on avec cela? Que propose-t-on qui puisse éviter la catastrophe? Quelle approche peut le mieux rassembler les «pressés» et les «patients» et, surtout, ramener au Parti québécois les quelque 800 000 «déserteurs» adéquistes? C'est là le «chaînon manquant» dans tout ce qui continue de nous être proposé, et ce n'est pas rien!

Alors, je pose la question à tous ceux qui croient avoir LA solution: comment reporter au pouvoir un parti qui aura gouverné pendant neuf ans, qui a tenu deux référendums sur la souveraineté en 15 ans, qui suscite plus de mécontentement que de satisfaction, et qui se déchire sur la question nationale et le modèle québécois? Comment rapatrier ces centaines de milliers de personnes qui sont à mille lieues de nos savantes élucubrations?

Un courant qui se cherche?

On peut comprendre l'inquiétude, voire même l'exaspération de plusieurs face au «changement» adéquiste, mais n'est-ce pas un peu beaucoup notre arrogance et notre suffisance qui expliqueraient en partie cette fuite «en arrière»? Se pourrait-il que l'ADQ de Mario Dumont ne soit que le porte-voix d'un courant populiste mais populaire qui se cherche après 40 ans de révolution pas toujours tranquille? N'y a-t-il pas aussi des gens de bonne foi et de gros bon sens qui posent de bonnes questions sans nécessairement proposer de bonnes réponses?

En d'autres mots, les débats actuels ne devraient-ils pas être l'occasion pour «les bien-pensants et les bien-faisants qui savent tout» de s'interroger sur l'état de l'État?

Personnellement, je continue de croire, à tort ou à raison, que les chances de réélection du Parti québécois sont minimes, peut-être même inexistantes. Quand nous retrouverons le parti pratiquement rayé de la carte — en sièges, non en votes — on s'en voudra de ne pas avoir institué le scrutin à la proportionnelleÉ Sera-t-il trop tard pour se relever et rebondir? Cela dépendra du résultat des déchirements prévisibles entre les « indépendantistes-rinistes-orthodoxes-purzédurs-caribous» et les « souverainistes-associationnistes-péquistes-modérés-kangourous»É Et peut-être assisterons-nous à la re-création d'un parti indépendantiste qui deviendra la mouche du coche: les autres attendront de voir comment se débrouillera l'ADQ avec son ex-future-peut-être Proposition québécoise de paix constitutionnelle quitte à se rallier stratégiquement à cette démarche comme Dumont l'avait fait avec messieurs Bouchard et Parizeau en 1995.

Aurons-nous régressé en agissant ainsi? Depuis 1759, malgré des reculs et des ressacs occasionnels, notre peuple a toujours cheminé vers plus d'autonomie. D'ailleurs, cette quête de plénitude politique, d'affirmation nationale, et de maîtrise de notre destin, c'est notre histoire et notre combat depuis toujours. Patiemment mais résolument, nous continuons d'avancer et de progresser. Dans ces conditions, accepter de s'ajuster à l'humeur du temps, ce n'est pas une régression, encore moins une reddition. Le pays du Québec existe déjà dans nos coeurs et nos esprits de même que dans notre vie économique, sociale et culturelle. L'oeuvre est inachevée, bien sûr, mais l'essentiel est là pour la suite des chosesÉ