Investir dans sa formation

On accepte de plus en plus que le principal bénéficiaire de l'éducation est l'individu qui l'a acquise. En effet, nous n'avons plus besoin de longues démonstrations pour accepter qu'en général, les individus ayant un niveau d'éducation plus élevé gagnent des revenus plus élevés.

Extraits du rapport Bourgogne-CIRANO intitulé Le Québec et les droits de scolarité universitaires

Là toutefois ne s'arrêtent pas les avantages qu'un individu retire de l'éducation. Cet individu comprendra mieux le monde dans lequel il vit, s'ajustera plus facilement aux changements dans son environnement, pourra plus efficacement se recycler pour rester en phase avec les exigences de son travail ou pour un changement d'occupation, saura mieux équilibrer les différents aspects de sa vie pour protéger sa santé, pourra mieux apprécier tous les aspects de la nature et des cultures du pays et de la société où il vit, pourra transmettre à ses enfants, le cas échéant, un bagage de connaissances et d'expériences qui les aideront grandement dans tous leurs apprentissages, etc. C'est ce qu'on appelle généralement la valeur intrinsèque de l'éducation.

Comme beaucoup de ces effets sont difficilement quantifiables, on se limite généralement à la mesure de l'impact de l'éducation sur les revenus des individus. C'est ce que nous ferons dans ce qui suit. Il faudra toutefois retenir que, ce faisant, nous sous-estimons de façon notable l'impact de l'éducation sur le bien-être de l'individu.



Perte de revenu...

À l'évidence, les revenus s'accroissent avec le niveau d'éducation. La question qui se pose toutefois est de savoir si ces revenus supplémentaires compensent les coûts encourus par l'individu au moment des études. En effet, pour pouvoir étudier, la personne doit retarder son entrée sur le marché du travail comme travailleur à plein temps et donc sacrifier le revenu qu'elle aurait pu tirer de cet emploi.

Cette perte de revenu est évidemment la principale composante du coût des études universitaires. S'ajoutent à cela tous les coûts spécifiquement reliés aux études tels les droits de scolarité, le coût d'acquisition de livres, d'appareils, d'instruments et de matériel divers nécessaire aux apprentissages.

Comme les frais de subsistance et de logement doivent être encourus, que l'individu soit aux études ou sur le marché du travail, ils ne doivent pas être retenus comme une composante du coût des études, sauf si un supplément était spécifiquement attribuable au lieu des études.

On comprend pourquoi les économistes voient les dépenses privées d'éducation comme un investissement. En effet, l'individu supporte des coûts considérables durant une période de temps donnée pour retirer par la suite un flux de revenu supplémentaire. On parle donc, par analogie aux autres formes d'investissement, d'un investissement en capital humain.

... mais investissement

Par l'éducation, l'individu augmente son capital humain, ce qui lui permet d'occuper des emplois auxquels il n'aurait pas eu accès autrement, et il tire de son emploi un revenu plus élevé que celui qu'il aurait touché avec un niveau d'éducation plus faible. [...]

Plusieurs études ont donc été faites, à diverses époques et dans divers pays, pour évaluer la rentabilité privée d'un investissement en éducation. On estime d'abord le mieux possible les coûts privés de la poursuite des études et les revenus supplémentaires que l'individu en tirera tout au long de sa vie active. Par la suite, on calcule le taux d'escompte qui égalisera la valeur présente des coûts à celle des revenus. C'est ce qu'on appelle généralement le taux de rendement d'un investissement privé en éducation. Ce faisant, on se rend compte que ces rendements sont tout à fait comparables à ceux que les investisseurs recherchent en investissant dans un nouveau produit ou dans l'immobilier.

Même s'ils peuvent varier d'une discipline à l'autre, d'un niveau d'étude à l'autre, d'une période à l'autre et d'un pays à l'autre, il n'en demeure pas moins que ces taux de rendement sont presque toujours positifs et d'un niveau tel qu'ils justifient un investissement privé en éducation.

Au Québec, les calculs les plus récents à ce chapitre remontent à 2004. Le professeur F. Vaillancourt avait calculé, pour différentes disciplines universitaires, des taux de rendement qui ont été présentés dans un mémoire de la CREPUQ.

La première constatation est l'existence d'un taux de rendement positif pour l'ensemble des secteurs disciplinaires. [...] La même remarque s'applique aux différences de revenu. La deuxième remarque porte sur les disparités considérables de taux de rendement d'un secteur disciplinaire à l'autre. C'est ainsi qu'on trouve un taux de rendement de 6,9 % dans le domaine de la formation en enseignement alors que le taux de rendement en pharmacologie s'élève à 26,7 %.

On voit aussi à quel point les différences de revenu attribuables aux études varient d'un secteur à l'autre et peuvent être considérables par rapport au revenu d'un individu qui aurait commencé à travailler après l'obtention d'un diplôme collégial. Ainsi, le titulaire d'un doctorat de premier cycle en médecine gagnera sur l'ensemble de sa carrière, net d'impôts et en termes réels, 2 360 000 $ de plus que son confrère de cégep qui aura choisi de travailler après son cégep plutôt que de poursuivre ses études à l'université. Par ailleurs, ce même diplômé de médecine gagnera, en termes réels et net d'impôts, 1 400 000 $ de plus que son confrère qui aura choisi de devenir ingénieur.

De façon générale, compte tenu du rendement privé de l'éducation, il n'y a aucune raison pour que l'étudiant ne contribue pas aux coûts de sa formation dans la mesure où l'accessibilité des études universitaires est assurée par des mesures adéquates.

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