Le vrai débat

Chaque fois que je lis mon journal et qu'on y prend position sans situer le débat dans son contexte mais surtout dans l'axe de l'idéologie auquel il répond, je suis déçu. Je parle ici, bien sûr, du récent débat sur le dégel des droits de scolarité.

Déjà, nous voyons les différents éditorialistes, chroniqueurs et journalistes reprendre le discours du premier ministre et dire que 50 $ par semestre, c'est bien peu. Après tout, c'est seulement 2 $ par semaine alors que les frais sont si bas. Dans sa chronique du mardi 20 février, Michel David qualifie les associations étudiantes de «fossilisées». Je vous pose la question: n'est-ce pas plutôt les Québécois qui le sont?

Continuant sans cesse de réclamer des baisses d'impôt alors que le Québec n'est plus capable de supporter ses services, Bernard Descôteaux en rajoute dans son éditorial du même jour, où il qualifie ces hausses de raisonnables. En fait, comme bien souvent dans les médias, on isole le dossier et on le juge. Le plus sérieusement du monde, M. Descôteaux nous fait l'éloge de ce choix politique, critique M. Boisclair et tente de démystifier le problème de l'accessibilité.

Loin d'être le sujet de mon propos, sachez que bon nombre d'études sont publiées sur les problèmes d'accessibilité des études supérieures et qu'à peu près toutes se contredisent et affirment l'inverse, et ce, en fonction du chercheur en cause.

Le Québec de demain

Bien au-delà des simples 2 $, le débat s'oriente dans toute une idéologie de gouvernance. À quoi voulons-nous que le Québec de demain ressemble? Pour ma part, jamais on ne réussira à me vendre des hausses de droits de scolarité quand le gouvernement baisse les impôts des particuliers et que l'impôt des sociétés est lui aussi réduit, comme cela a été le cas ces dernières années.

Nous oublions souvent ces chiffres au Québec, mais seulement 59 % des contribuables ont payé de l'impôt en 2003. En près de dix ans, ce sont près de huit milliards de dollars en baisses d'impôt de toute sorte qu'on a octroyés à ces contribuables. En aucun cas on ne me fera admettre que le financement du réseau est menacé et que la contribution des étudiants est primordiale.

Si les services au Québec sont à ce point menacés, tant en santé qu'en éducation, c'est que, bien volontairement, on a réduit les impôts, donc nos sources pour les financer. Cessons de baisser les impôts; ensuite, vous pourrez me faire la démonstration que la contribution des étudiants est absolument nécessaire.

Cette situation me rappelle l'époque où Bernard Landry réclamait le déséquilibre fiscal et réduisait les impôts en même temps.

Retraité ou étudiant?

Soyons encore plus concrets puisque c'est nécessaire à la compréhension des débats idéologiques de nos jours. Le récent budget nous annonce des allégements fiscaux pour les gens à la retraite. On y apprend qu'un retraité vivant seul et ayant un revenu de retraite annuel de 50 000 $ verra désormais ses impôts réduits de 100 $ par année. Ce montant ne vous rappelle pas quelque chose? Sans vouloir lancer un débat générationnel, puis-je quand même me demander si les Québécois veulent vraiment exiger 100 $ supplémentaires à un étudiant dont le revenu annuel moyen oscille autour de 15 000 $ alors qu'on remettra à un retraité qui a des revenus de retraite de 50 000 $ cette même somme de 100 $?

Vous conviendrez que sous cet angle, la question est un peu différente. Avant d'isoler une question idéologique à ce point-là, puis-je souhaiter que l'éditorialiste de mon journal matinal remette ce débat en perspective?

L'idéologie libérale qui anime cette proposition et celle des baisses d'impôt se retrouve devant une social-démocratie à laquelle je crois toujours et que plusieurs Québécois approuvent encore. Elle ne comporte ni baisses d'impôt, ni cliniques privées, ni sous-financement de nos universités. C'est ça, le vrai débat de la prochaine campagne électorale!

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