Lettres: Trop de mots difficiles dans Le Devoir?

Cette question soulevée, à ce qu'on m'a dit, à l'émission Tout le monde en parle il y a quelques semaines me fait penser à une scène du film Amadeus où on reproche à Mozart de mettre un peu trop de notes dans sa musique. Celui-ci, surpris, affirme que sa musique contient tout juste ce qu'il faut de notes pour exprimer ce qu'il veut, ni plus ni moins. Tout bon journaliste, qu'il soit d'un journal ou d'un autre, se doit aussi d'utiliser tous les mots nécessaires pour exprimer ses idées. Certains sujets demandent un vocabulaire plus élaboré que d'autres, et il y aura toujours des gens pour ne pas comprendre certains mots. Que doivent faire les journaux? Demander aux journalistes de ne pas utiliser de mots «difficiles»? Traficoter tous les textes qui proviennent de la presse internationale pour les adapter à notre bon peuple?

Il y a justement une limite à penser que notre bon peuple ne comprend que le langage utilisé par la plupart de nos humoristes. Par expérience, je puis affirmer qu'une des clés de la réussite dans l'enseignement est la confiance que l'on met dans les capacités de succès des élèves. Par contre, si on pense qu'on a affaire à une bande de cancres, les résultats seront toujours mauvais (une expérience de laboratoire sur les capacités «intellectuelles» des rats, menée aux États-Unis il y a déjà plusieurs années, a démontré que les résultats étaient plutôt médiocres si les chercheurs pensaient d'avance que le lot de rats fournis étaient peu doués).

Je m'élève contre cette tendance à tout vouloir niveler par le bas, à se satisfaire du minimum. Nous n'en sommes pas, nous les Québécois, à une contradiction près. Pour ne prendre que l'exemple du hockey, nous idolâtrons les Maurice Richard, Jean Béliveau, Guy Lafleur, Sydney Crosby et bien d'autres. Ces personnes n'ont visé rien d'autre que les plus hauts sommets. Pourquoi alors, dans le domaine de l'expression verbale et écrite de notre langue maternelle, nous contentons-nous de si peu et pourquoi ridiculisons-nous ceux et celles qui cherchent à exceller?

Je voudrais terminer par une suggestion. Le temps des cadeaux vient de passer, mais il en viendra bien d'autres. Au lieu d'acheter des objets souvent inutiles, pourquoi ne pas enrichir nos foyers de quelques bons dictionnaires (un Larousse, un Petit Robert, un Multi-Dictionnaire, et pourquoi pas un dictionnaire des difficultés de la langue française et une grammaire) de façon à ce que chaque personne ait de bons outils à portée de la main. Cultivons chez nos enfants le réflexe et la curiosité d'ouvrir le dictionnaire le plus souvent possible, pour découvrir le sens précis d'un mot, et peut-être, de fil en aiguille, de bien d'autres... Les voyages dans un dictionnaire ne sont pas très coûteux.

À voir en vidéo