Libre-Opinion: L'accès à la contraception : pas pour toutes les ados !

Je me suis réjoui à l'annonce de l'entente récente intervenue entre le Collège des médecins, l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec et l'Ordre des pharmaciens du Québec en ce qui concerne l'accès facilité à la contraception, dont Le Devoir a fait mention dans son édition du 1er février 2007, pour deux raisons principales. Mais je demeure perplexe quant à l'impact que cette entente pourrait avoir sur un sous-groupe précis d'adolescentes les plus à risque de se retrouver enceintes à cet âge.

Les deux raisons de me réjouir sont simples. Je suis un pédiatre qui a fait le choix de se surspécialiser en médecine de l'adolescence au début des années 70, soit au moment où la sexualité adolescente émergeait de la clandestinité. Nous avions alors dû concevoir en toute urgence des programmes pour rendre simples et accessibles aux adolescentes les moyens contraceptifs qui avaient d'abord été conçus pour les adultes.

Réduire les obstacles à l'accès aux soins doit toujours guider les personnes qui soignent les adolescent(e)s, et cette entente annoncée s'inscrit très bien dans cet objectif. Aussi, ayant eu le grand privilège de diriger en 2000-01, avec le Dr Joëlle Lescop, le groupe de travail au Collège des médecins du Québec qui a produit un rapport proposant un modèle de partage des activités professionnelles dans le secteur de la santé et des relations humaines (avril 2001), je vois dans cette entente sur l'accès facilité à la contraception un résultat concret de notre travail. Le fait de choisir, entre autres, la contraception hormonale pour appliquer le modèle que nous proposions dans notre rapport m'apparaît très judicieux.

Hâtif

Le modèle annoncé, dont il est fait mention dans l'article paru dans Le Devoir, me plaît bien à titre de clinicien, mais je pense tout de même que le délai de six mois pour obtenir (ou subir!) obligatoirement une consultation médicale d'ordre gynécologique est à première vue hâtif. Un délai d'un an m'aurait paru plus indiqué tout en encadrant cette période par un suivi sous la responsabilité de l'infirmière.

Beaucoup d'adolescentes acceptent le suivi par l'infirmière et redoutent l'examen gynécologique. Il est possible que nous ayons besoin de plus de six mois pour préparer des adolescentes à la visite et à l'examen médical. Peut-être devrions-nous penser à former les infirmières à procéder aux examens gynécologiques dans ces situations?

De toute façon, ceci permettrait de régulariser ce qui se fait à plusieurs endroits. Et ça se fait très bien! Le but consiste toujours à favoriser un acquiescement optimal de l'adolescente à la pratique contraceptive prescrite et d'éviter que certaines adolescentes cessent leur pratique contraceptive devant la nécessité de devoir consulter un médecin qu'elles ne connaissent pas.

Celles qui voient la grossesse comme une solution

Il nous est également permis de s'enthousiasmer comme le Dr Richard Massé, président-directeur de l'Institut national de santé publique du Québec, qui associe cette entente sur l'accès facilité à la contraception et éventuellement à une baisse du nombre de grossesses non planifiées et du nombre d'avortements au Québec. Je crois que oui: il est possible que cette entente permette une diminution du nombre de grossesses dites accidentelles à l'adolescence et, par le fait même, le nombre d'avortements chez ce groupe d'âge.

Mais cette entente réduira-t-elle le nombre de grossesses chez les adolescentes les plus à risque, celles qui sont démunies et piégées dans une relation amoureuse fragile et qui cherchent et imaginent trouver dans leur grossesse le premier vrai «accomplissement» de leur vie? Ce sous-groupe d'adolescentes qui comprend, entre autres, celles dont la scolarité a été interrompue trop tôt, celles qui ont subi des sévices et des rejets de toute sorte ou encore celles qui ont trouvé dans le recours aux drogues une façon de «régler» leurs problèmes immédiats, ce sous-groupe d'adolescentes, la chose est bien connue, utiliseront leur grossesse et leur bébé le plus souvent pour combler un vide intérieur.

Et rapidement, elles devront, en prime, composer avec l'abandon du père de l'enfant, tout aussi immature, pour être finalement laissées encore plus isolées dans leur détresse lorsque leur grossesse évolue et que l'enfant naît.

Ces grossesses-là n'aboutissent pas à des avortements parce qu'elles ont trop de signification pour ces adolescentes dépourvues. Leur grossesse est pour elles une solution, mais cette solution les piège encore davantage dans leur détresse. Et c'est sans oublier celles pour qui la pratique contraceptive est interdite par leur petit ami pour toutes sortes de raisons, culturelles et autres, et qui se retrouvent enceintes malgré elles, après s'être soumises à celui qu'elles aimaient et de qui elles ont cru être aimées.

Je doute que l'entente annoncée sur l'accès facilité à la contraception rejoigne ces petites filles, mais il est clair que je le souhaite de tout coeur!

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