Quelle caricature, d'un point de vue autochtone...

Le débat est depuis quelques semaines fortement engagé au Québec en ce qui concerne les accommodements dits raisonnables que la société majoritaire est disposée ou non à consentir à des façons différentes d'être et de faire des minorités qui la composent.

Le point de vue juridique du citoyen de culture minoritaire est celui des droits fondamentaux issus des chartes canadienne et québécoise, qu'il a acquis par voie d'adhésion et d'intégration. En ce sens, il n'a rien à quémander à personne, il agit dans le cadre d'une citoyenneté identique et de même valeur que celle des autres citoyens.

Les récentes réactions à cette histoire nous démontrent que, d'un point de vue social, il y a des limites à ne pas dépasser, sous peine de raviver le réflexe xénophobe qui dort en tout pure-laine qui se croit investi de sa suprématie culturelle majoritaire et historique.

Un autre débat connexe se profile en filigrane dans un ensemble canadien plus large, celui de la nation, civique ou ethnique. L'ADQ populiste drague à grands coups de filet dans ces eaux troubles et dans la mare des mentalités d'Hérouxville de ce pays. Le Parti québécois n'a pas le choix d'y nager, plutôt mal que bien, d'ailleurs. Les fédéraux ne peuvent pas se contenter de pavoiser sur la rive sud de l'Outaouais. Ces deux questions inéluctables feront partie des enjeux des élections fédérales et provinciales qui grenouillent dans le même marais.

S'est-on plié aux traditions des premiers occupants?

Qu'en est-il, d'un point de vue autochtone, de ce débat? La situation est éminemment paradoxale. La logique des purs et durs d'une culture publique majoritaire imposée à tous et nivelée par les valeurs des us et coutumes issus de l'histoire en prend un coup. Elle occulte les premiers habitants de ce pays, ceux-là mêmes à qui on renie la différence, qu'on a spoliés de leur territoire, dont on ignore les cultures, les us et les coutumes dans tous les recoins du corpus juridique et à qui on impose nos normes de gouverne sous prétexte d'équité.

Sous couvert d'un fantasme d'invasion appréhendée de hordes de femmes voilées et de talibans fanatiques dans les régions du Québec et même au coeur du Grand Montréal, la logique des pure-laine renie la différence culturelle, légitime et souvent légale des premiers occupants du pays, de ses vieilles minorités fonctionnelles qui l'habitent depuis quelques siècles et des plus récents arrivants qui enrichissent notre culture commune, notre économie, nos horizons et surtout nos entreprises et nos caisses fiscales.

Pour des raisons d'ordre culturel et historique, des accommodements raisonnables à des différences ne seraient pas ou ne seraient plus tolérables aux yeux de la vieille mentalité majoritaire, à forte nostalgie catholique.

Que penser des peuples autochtones qui, d'un point de vue culturel, historique et préhistorique, seraient en droit, en vertu de la même logique, d'imposer les normes majoritaires de leurs sociétés au reste de la société québécoise? Ne sont-ils pas les premiers occupants de ce territoire? Ô scandale! La même logique est à sens unique, elle ne fonctionne que pour les dominants et non pour ceux et celles qu'on a légalement, territorialement et culturellement marginalisés jusqu'à les rendre pupilles et quasi-réfugiés dans leur propre pays, qu'ils occupent depuis près de 10 000 ans.

Les autochtones auraient été à ce point généreux et naïfs pour nous autoriser de tels accommodements raisonnables que ça nous a permis d'envahir avec un sans-gêne éhonté, un cynisme et une forte dose d'Alzheimer la totalité de leur espace territorial, de leurs modes de gouverne, de leurs us et de leurs coutumes. On a la mémoire bien courte...

Braises attisées

Cette approche de la droite québécoise ne va nulle part. Elle a pour seul mérite celui d'attiser les braises de la discrimination, de l'exagération et de la xénophobie, comme on le constate dans tous les Hérouxville de ce monde.

Cette analyse vaut certainement pour les segments autochtones contigus de la société majoritaire québécoise. Ne serait-il pas plus sage et honnête, d'un point de vue intellectuel, de rechercher dans ce processus la mise en place d'une société inclusive des groupes qui détiennent des droits nationaux ou de simples manières d'être à travers une culture publique commune tout aussi essentielle?

Notre nationalisme légitime ne devrait-il pas se nourrir non seulement de la protection des individus mais également des nations, telles les nations autochtones ou la nation québécoise, ainsi que de la garantie selon laquelle celles-ci jouiront d'une certaine différence et même d'une forme d'autonomie gouvernementale? Il me semble qu'un État jouit d'une autonomie gouvernementale considérable et que ses pouvoirs doivent pouvoir supporter pour certains aspects des conditions différentes qui respectent l'équité et l'égalité entre ses diverses composantes.

Dans un contexte de mondialisation croissante de nos rapports sociaux et tout au moins de la communication, le besoin très profond d'une identification et d'une définition de soi devient encore plus criant. Cela est vrai pour le peuple québécois comme pour les peuples autochtones.

Même s'il n'appartient pas à une minorité d'origine culturelle différente d'imposer ses diktats à la culture majoritaire, est-il nécessaire, par réflexe d'insécurité et pour affirmer cette identité, d'éliminer toutes formes d'accommodements possibles qui toléreraient certaines différences sans offusquer? Le respect de soi-même passe-t-il par la voie de l'intolérance? Le métissage historique de notre société ne pourrait-il pas continuer de produire des enfants aux qualités civiques enviables?

Le peuple québécois dans toutes ses composantes devrait jeter un coup d'oeil dans la cour généreuse des Premières Nations qui l'ont tellement accommodé qu'elles en ont perdu une partie de leur raison, avant de glorifier sa radinerie à l'endroit de la différence.

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