Lettres: Les «gens ordinaires», dites-vous ?

Lors de la dernière course à la direction du Parti québécois, j'avais appuyé Pauline Marois pour son expérience, ses idées et ses projets. Dans l'enthousiasme général des militants péquistes devant la perspective d'avoir un jeune comme chef, j'ai tenté de convaincre mon entourage que la jeunesse n'apporte pas nécessairement la connaissance, le savoir et les aptitudes nécessaires pour diriger un parti et éventuellement un pays.

Je n'ai rien contre la personnalité d'André Boisclair, mais je n'ai jamais été d'accord avec sa philosophie politique qui se situe à droite. D'ailleurs, il faudrait suggérer à M. Boisclair, aux «lucides» et aux tenants du conservatisme qui s'attaquent aux acquis des travailleurs de se pencher sur la situation réelle des «gens ordinaires» dont ils disent être les porte-parole. Avez-vous demandé à ceux et celles qui gagnent un salaire de crève-faim et à la classe moyenne qui peine à arriver pour se nourrir et se loger quelles sont leurs conditions d'emploi? Un tour rapide autour de moi me fournit un portrait inquiétant: la majorité des gens que je connais n'aiment pas leur travail, que ce soit dans les secteurs publics, parapublics ou privé. Pourquoi? Parce que les administrateurs et les dirigeants d'entreprises gèrent de manière si médiocre leurs organisations et leurs affaires qu'ils découragent leurs employés et provoquent ainsi une perte de stimulation.

Le problème n'est pas tant les travailleurs qui ne veulent pas s'investir dans leur emploi, mais plutôt la gestion des patrons qui entraîne un climat de travail improductif. De nombreuses personnes m'ont fait part de leur dégoût devant les décisions injustes et illogiques de leurs dirigeants, alors que ces derniers se permettent des avantages sociaux et financiers qu'ils refusent aux employés. En fait, il serait peut-être temps que les dirigeants, les patrons et les gestionnaires regardent leur propre performance avant de critiquer celle des autres. Ils seraient peut-être surpris de constater qu'ils constituent une grande partie du problème du travail et de l'emploi au Québec de même que ce qu'ils appellent «le manque de productivité». Je suis fatigué d'entendre les accusations contre les syndicats, les travailleurs trop gâtés, les conditions de travail qu'il faut reconsidérer pour être plus compétitif. Il est curieux que les dirigeants, les patrons et les administrateurs ne remettent jamais en question leurs privilèges. Si l'on doit se sacrifier, pourquoi ne le font-ils jamais eux?

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