La réduction de la consommation - Une dimension oubliée de la lutte contre les GES

La lutte contre les gaz à effet de serre (GES), afin de limiter les changements climatiques, a déjà fait l'objet d'un plan relativement détaillé du gouvernement du Québec, tandis que le fédéral vient de faire l'annonce de projets fragmentés.

Aucun des deux ordres de gouvernement cependant ne fait état de la réduction de la consommation générale comme élément stratégique de son plan. En effet, les initiatives du Québec et du Canada abordent surtout la question sous l'angle des améliorations technologiques et de l'accroissement des investissements, principalement dans les domaines du transport, du bâtiment et de la production énergétique.

Pourtant, le simple fait de réduire la consommation pourrait être une mesure extrêmement rapide, efficace et peu coûteuse. Elle ne nécessiterait que des ressources pour concevoir des campagnes de publicité.

La publicité pour inciter à moins consommer serait évidemment «le monde à l'envers». De toute évidence, aucun gouvernement ne veut actuellement réduire la croissance économique, laquelle est liée directement à la production et à la consommation. Et pourtant, il n'y a pas d'autres moyens réellement efficaces de lutter à long terme contre les changements climatiques et d'aborder dans son ensemble la question de la conservation de l'environnement. L'approche des gouvernements actuels, qui s'appuie sur des investissements toujours plus considérables, est une fuite en avant.

Un lien direct

Tant que la publicité omniprésente incitera les gens à consommer toujours davantage, nous assisterons à une course folle à la satisfaction de faux désirs par des objets souvent non nécessaires. La consommation et la surconsommation (certains parlent d'hyperconsommation) est en lien direct avec l'épuisement des ressources et diverses pollutions, dont le dégagement de GES.

Une mise en application d'une réduction de la consommation n'a pas besoin de décisions au sommet (quoique cela serait bienvenu). Elle peut se faire sur une base individuelle, sans délai, ne demande pas de recherche, de progrès technologiques ni d'investissements importants.

Voici quelques exemples de réduction de consommation qui seraient particulièrement efficaces:

- les voyages en avion: ils sont rendus très populaires, alors que c'est de loin le moyen de transport le plus producteur de GES;

- les maisons et les véhicules «surdimensionnés»: les maisons et les véhicules sont de plus en plus gros, alors que nous avons de moins en moins d'enfants. Cela a un effet important et direct sur la production de GES;

- l'étalement urbain: les banlieues s'étirent de plus en plus, ce qui provoque des déplacements très consommateurs en hydrocarbures, principaux producteurs de GES;

- la consommation de viande: les animaux absorbent des quantités considérables de céréales pour se nourrir, ce qui nécessite beaucoup d'énergies non renouvelables productrices de GES.

D'autres exemples de réduction peuvent être mentionnés relativement à certains gaspillages:

- les appareils électriques et électroniques qu'il n'est plus «rentable» de faire réparer et qui sont jetés lors du premier problème mécanique. Cela représente un gaspillage considérable de ressources et d'énergie, sans compter qu'il faut les remplacer.

- la fabrication et l'utilisation d'articles de sport motorisés, spécialement les moteurs à deux temps, souvent inutiles voire nuisibles et producteurs de GES.

De plus, dans un contexte de réduction de la consommation, on pourrait faire la promotion de la consommation d'articles usagés plutôt que neufs et on pourrait chercher à prolonger le plus possible la vie des biens matériels de toutes sortes.



Vers le mieux-être

Une diminution de la consommation, en plus d'être très bénéfique pour la réduction des GES amènerait, hors de toute attente, une amélioration de la qualité de vie. En effet, si quelqu'un consomme moins, il a moins besoin d'argent, ce qui lui permet de moins travailler. Cette récupération de précieux temps lui permet d'investir davantage dans sa croissance personnelle, dans l'harmonisation de la vie avec ses proches et dans l'investissement pour le bien de sa communauté. Tout cela permet d'accroître la cohérence entre ses valeurs et ses actions, ce qui favorise l'épanouissement personnel et le mieux-être individuel et collectif.

Bien sûr, la réduction de la consommation n'interpelle pas tous les gens de la même façon. Ainsi, ceux qui possèdent davantage (25 % de la population au Québec possède 75 % des ressources financières) sont ceux qui doivent fournir le plus d'efforts dans la réduction de leur consommation. Pour eux, la voie de la philanthropie est tout indiquée pour disposer de leurs surplus.

Cette réduction de la consommation amènerait évidemment une décroissance économique. Toutefois, est-ce si grave pour un pays qui est un des plus riches du monde?

On peut affirmer qu'ici, ce n'est pas la richesse qui manque, mais c'est l'équilibre dans la répartition de celle-ci. Et, de toute façon, dans le contexte actuel, ce sont encore les riches qui s'enrichissent et les pauvres qui s'appauvrissent. De plus, dans une société où on respecterait davantage les objets en les faisant durer, il y aurait création de nombreux emplois et une autre économie en résulterait.

Pour ceux qui s'inquiéteraient encore des effets d'une réduction de la consommation de biens sur l'économie, mentionnons qu'il y a une solution: la consommation non matérielle. Celle-ci peut prendre la forme de consommation de services ou être reliée à la culture, au savoir, aux arts, aux sports, à la croissance personnelle, aux activités reliées à la nature, etc., pour autant que les composantes matérielle et énergétique soient minimales. Il y aurait donc ainsi quand même une certaine croissance économique, mais peu de pollution.

La réduction de la consommation et l'effet de serre sont donc intimement liés, même si ça ne paraît pas dans les plans québécois et canadien actuels. De plus, la consommation et la nécessité de sa réduction apparaissent évidentes lorsque l'on envisage la question environnementale dans son ensemble.

Finalement, la simple recherche de l'équilibre humain dans une société qui court dans tous les sens, amène les personnes qui s'arrêtent à mettre de l'ordre dans leur vie. Alors les priorités sont déplacées en dehors de ce matérialisme irresponsable et immature qui caractérise trop souvent la société occidentale contemporaine.

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*Appuyés par les conseils d'administrations du Réseau québécois pour la simplicité volontaire et du Groupe de simplicité volontaire de Québec.

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