Changements climatiques - Il faut agir, monsieur le premier ministre!

Le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, qui rassemble quelque 2000 scientifiques éminents, a publié son nouveau rapport.

Sa conclusion? Que nous avons aujourd'hui la preuve irréfutable que les changements climatiques sont bien réels et que l'activité humaine en est la cause.

Le Canada a toutes les ressources, tout le savoir-faire et toute l'ingéniosité nécessaires pour contrer ce problème. Qui plus est, son statut privilégié, en tant que pays parmi les plus prospères de la planète, lui confère la responsabilité de le faire. Lorsque Stephen Harper est devenu premier ministre, il a hérité d'un gouvernement et d'un pays prêts à assumer le leadership de la lutte mondiale contre les changements climatiques.

Élan donné, élan coupé

En 2005, le gouvernement libéral a présenté un budget qu'Elizabeth May, nouvelle dirigeante du Parti vert, a qualifié de plus «vert» de l'histoire du Canada. Et du Projet vert des libéraux, présenté la même année, le Sierra Club a dit qu'il était «probablement l'initiative gouvernementale la plus novatrice au monde et la plus propice à une véritable réduction des émissions de gaz à effet de serre». En novembre 2005, à Montréal, nous avons su nous servir de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques pour mener la communauté internationale à ce que Steven Guilbeault, de Greenpeace Québec, a qualifié de «point tournant» dans la lutte contre les changements climatiques.

Au lieu de profiter de cet élan, M. Harper a freiné des quatre fers. Il a aboli le Projet vert, coupant de 5,6 milliards de dollars les fonds consacrés à la lutte contre le réchauffement climatique. Et puis, lorsque les représentants du monde entier se sont réunis à Bonn pour faire avancer le dossier des changements climatiques, il a envoyé sa ministre de l'Environnement saboter la conférence. Ce que le Canada de M. Harper a dit clairement à Bonn, c'est ceci: «Nous refusons d'appuyer des objectifs plus rigoureux.» Et en novembre dernier, à Nairobi, c'était le même message: pour le protocole de Kyoto, ne comptez plus sur le Canada.

Nous savons tous depuis longtemps que M. Harper refuse de reconnaître la réalité des changements climatiques. En 2002, il a même écrit que «le protocole de Kyoto est essentiellement un complot socialiste visant à siphonner l'argent des pays riches». En décembre 2005, il a affirmé que la décision des libéraux d'ajouter les gaz à effet de serre à la liste des substances dangereuses couvertes par la loi canadienne sur la protection de l'environnement n'était «certainement pas dans l'intérêt national». Et aussi récemment qu'en décembre 2006, M. Harper parlait des «prétendus gaz à effet de serre».

Incroyable, l'effet que quelques sondages peuvent avoir! Depuis quelques semaines, le premier ministre s'emploie désespérément à recoller les pots cassés. Dans le vain espoir de cacher aux Canadiens ses véritables convictions en matière de changements climatiques et un an après les avoir abolis, M. Harper rétablit en partie certains des programmes de lutte contre les changements climatiques que les libéraux avaient mis en place (ou plutôt une pâle imitation de ces programmes). Une année de perdue! Croit-il vraiment qu'en nous faisant perdre notre temps avec son inutile projet de loi sur l'air pur, il réussira à cacher ses véritables couleurs: celles d'un négationniste des changements climatiques?

Non, les Canadiens ne sont pas dupes. Ils savent que le premier ministre n'a rien à faire de la lutte contre les changements climatiques. Son seul véritable engagement, c'est de préparer son parti en vue des prochaines élections.

Transformer notre économie

M. le premier ministre, je vous presse de mettre en oeuvre un véritable plan d'ensemble qui permette au Canada d'honorer les engagements qu'il a pris en ratifiant le protocole de Kyoto, un plan qui comprenne un système de quotas et d'échange de droits d'émission de carbone, comme celui que prévoyait le Projet vert.

Avec les progrès technologiques, avec la création d'un marché du carbone en Europe et à cause du temps perdu par le gouvernement conservateur, nous savons qu'il est possible et indispensable de nous fixer des objectifs encore plus exigeants que ceux que nous avions proposés en 2005. Nous devons vite établir le cours du marché des émissions et nous devons commencer à transformer notre économie et nos marchés sur la base du développement durable.

M. le premier ministre, je vous presse d'instaurer un régime de règlements rigoureux, équitables et applicables pour encadrer la réduction des émissions à court, à moyen et à long terme. On ne permet plus aux pollueurs industriels de déverser leurs déchets sur nos trottoirs: pourquoi aurions-nous le droit de continuer à prendre notre atmosphère pour un dépotoir gratuit?

M. le premier ministre, je vous presse de réformer notre régime fiscal afin que soient récompensés les comportements responsables et sanctionnées les actions nuisibles à l'environnement et à la santé humaine, et de le faire de manière à aider chaque province, chaque région, à mener à bien la révolution de l'économie durable.

M. le premier ministre, je vous presse d'en faire beaucoup plus pour soutenir la production d'énergie propre et renouvelable et de vous engager dans cette voie en fixant dès maintenant un objectif minimum de 12 000 mégawatts d'énergie renouvelable.

M. le premier ministre, je vous presse d'en faire beaucoup plus pour soutenir la recherche, le développement et la commercialisation de technologies moins énergivores et plus respectueuses de notre environnement.

M. le premier ministre, je vous presse de rétablir le Fonds de partenariat avec les provinces, qui permettrait au gouvernement du Canada de financer, en collaboration avec celles-ci, des projets de réduction des émissions.

Mais surtout, M. le premier ministre, je vous presse de faire tout cela d'une manière qui dynamise l'économie canadienne, qui crée de meilleurs emplois et qui relève le niveau de vie de nos

enfants.

Les changements climatiques sont la plus grande menace écologique qui pèse sur notre pays, sur notre planète. Il est évident que le premier ministre n'a ni le courage ni la force de conviction qu'il faut pour respecter les obligations qui sont les nôtres en vertu du protocole de Kyoto. Il est évident que pour cela, il nous faut un nouveau gouvernement.

Entre-temps, M. le premier ministre, je vous presse de mettre en oeuvre les initiatives que j'ai nommées aujourd'hui. Notre pays ne peut pas attendre, notre planète ne peut pas attendre, et l'opposition officielle n'attendra pas.

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